[Interview] François Feroleto : « Je suis très heureux de vivre ce festival d’Avignon avec ce projet très personnel »

François Feroleto / © Ciné, Séries, Culture
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A l’occasion de la 56ème édition du Festival Off d’Avignon, j’ai pu aller à la rencontre de François Feroleto, qui est actuellement à l’affiche d’Un train pour Milan, un spectacle qu’il a également écrit et mis en scène. La pièce se joue du 7 au 30 juillet Au Coin de la Lune à Avignon.

Bonjour François, tu joues actuellement Un Train pour Milan Au Coin de la Lune, que tu as également écrit et mis en scène. Peux-tu nous présenter la pièce ?

C’est un spectacle dont j’ai eu envie il y a quelques années maintenant. Je rêvais d’un spectacle autour de l’Italie – qui est mon pays d’origine – et également autour de Dino Buzzati – qui est un auteur italien que j’aime beaucoup. Et puis, petit à petit, en commençant à travailler sur ce projet, je me suis aperçu que ce dont j’avais envie, c’était de raconter mon Italie : l’Italie de mon enfance et l’Italie de mon père, dont je raconte un peu la vie dans ce spectacle. C’est romancé, ce n’est pas une biographie de la vie de mon père mais j’y ai mis beaucoup de choses personnelles. Et, à l’intérieur de ce fil narratif, j’ai intégré différents extraits de récits de Dino Buzzati pour en faire un récit théâtral.

Les spectateurs te connaissent davantage en tant que comédien. Là, tu es à la fois l’auteur et le metteur en scène d’Un Train pour Milan. Qu’est-ce qui t’as poussé à passer à l’écriture ?

C’est effectivement mon premier texte et ma première mise en scène. Depuis un peu plus de 30 ans que je fais ce métier maintenant, j’ai toujours été acteur et plutôt un acteur très gâté : au théâtre d’abord, ensuite beaucoup à la télévision et puis un peu au cinéma. J’ai toujours aimé ça mais, à un moment, c’est l’envie d’initier un projet, d’être à l’origine d’un projet, de raconter une histoire peut-être plus personnelle ou plus intime et de ne pas être simplement un acteur au service d’un auteur, d’un metteur en scène, d’un réalisateur qui m’a attiré, même si être acteur c’est déjà formidable. C’est quelque chose dont j’avais vraiment envie et c’est pour ça aussi que j’ai créé ma compagnie et que j’ai l’intention de poursuivre maintenant un peu dans cette voie, de ne plus me contenter d’être simplement un « interprète ».

Pour en revenir à la pièce, comment as-tu réussi à mêler ton écriture et ton histoire personnelles avec l’adaptation des textes de Dino Buzzati ?

 C’était un gros travail d’écriture parce que, au fil du travail, mon histoire personnelle et mon écriture personnelle ont pris un peu le pas sur les récits de Dino Buzzati et je me suis aperçu que c’était de ça dont j’avais vraiment envie de parler : mes souvenirs d’enfance, la vie de mon père. Donc il a fallu trouver comment faire pour que des récits de Dino Buzzati qui n’ont pas du tout été écrits pour être joués à la base et encore moins pour être joués ensemble puissent trouver leur place dans un récit. Et c’était là tout le travail de réflexion, de choix des récits pour lesquels il a fallu que je trouve la bonne manière de les utiliser à l’intérieur de mon récit théâtral.

Durant la pièce, on peut entendre la voix de Michel Bouquet qui nous a quitté récemment. Tu as eu l’occasion de jouer plus de 500 fois à ses côtés…

C’est ce que je dis au moment du salut quand je parle de l’émotion que cela me provoque d’entendre sa voix lorsque je suis allongé sur mon banc parce que, effectivement, c’est quelqu’un qui était un maître pour moi, quelqu’un qui était très important. J’avais à peine 30 ans quand j’ai joué avec lui et c’était une rencontre très importante pour moi dans ma carrière d’acteur mais dans ma vie d’homme également. C’est quelqu’un qui m’a toujours accompagné en fait car le fil ne s’est jamais rompu au fil des ans. J’ai joué avec lui il y a plus de 20 ans, et plus de 500 fois effectivement, ce qui nous a donné du temps pour nous connaître.

C’est vrai que j’ai très vite imaginé une voix off dans mon spectacle. J’avais envie de ce moment un peu étrange, un peu hors du temps, un peu fantastique et très vite la personne à qui j’ai pensé pour le faire en croisant les doigts, en espérant qu’il accepte, c’est lui. Et quand je l’ai appelé et que, après avoir lu le texte, il m’a dit « oui », j’étais très heureux. C’est son tout dernier enregistrement donc ça a d’autant plus de valeur maintenant qu’il est parti. C’est un cadeau très précieux qu’il m’a fait.

Et c’est une manière pour moi, très modestement à travers mon spectacle, de continuer à faire entendre la voix de Michel Bouquet encore quelques minutes chaque fois que je joue Un Train pour Milan, lui dont la vie était vraiment sur scène même si c’est un immense acteur de cinéma aussi.

La pièce va-t-elle être reprise à Paris ou en tournée par la suite ?

Oui, on en discute en ce moment. Rien n’est encore vraiment officialisé, signé mais il y a effectivement des discussions en ce moment pour une reprise parisienne sur la saison prochaine, plutôt en 2023 a priori et une tournée sur la saison 2023/2024.

Et je serai très probablement de retour à Avignon l’année prochaine.

Ce n’est pas la première fois que tu participes au Festival OFF. Qu’est-ce que tu apprécies ici ?

 Ce que j’apprécie déjà c’est qu’en l’espace de quelques jours, je croise plus de gens du métier qu’en un an à Paris parce que tout le monde est là et qu’on ne peut pas passer dans une rue sans revoir une comédienne avec qui on a tourné il y a 15 ans et qu’on n’avait pas revu depuis, un metteur en scène avec qui on avait un projet il n’y a pas si longtemps, un producteur avec qui on a travaillé, et ça c’est très agréable.

Et, ce matin en venant au théâtre, je me disais que je trouvais ça très beau d’imaginer que derrière toutes ces affiches se cachent toutes ces énergies, toutes ces envies, tous ces gens qui créent, qui écrivent, qui inventent des spectacles, qui les jouent et je trouve ça formidable la vitalité que ça représente. Je trouve ça magique, même si je ne suis pas très fan de toutes ces affiches : je trouve qu’il y en a trop et que, écologiquement parlant, c’est une aberration.

Quel a été ton parcours jusqu’ici ?

J’ai fait énormément de théâtre quand j’ai débuté ma carrière durant une quinzaine d’années. En plus, j’ai eu la chance de participer à plusieurs gros succès du théâtre privé comme A tort ou à raison avec Michel Bouquet et Claude Brasseur, qu’on a joué plus de 500 fois ce qui fait que j’étais entre 250 et 300 soirs par an sur scène. A peine, je finissais de jouer une pièce que je commençais à répéter la suivante. Ça a été ma vie pendant 15 ans et puis, progressivement, la télévision a commencé à prendre le pas sur le théâtre. Aujourd’hui, je suis un peu moins présent sur scène parce qu’il y a plus de tournages et que j’ai trouvé un équilibre entre les deux.

As-tu d’autres projets qui se profilent à l’horizon après le Festival OFF 2022 ?

Oui je suis en discussion pour des tournages qui devraient arriver. Mais, maintenant, mon projet principal, c’est de faire vivre Un Train pour Milan le plus longtemps possible et de l’emmener le plus loin possible.

Le festival ne fait que commencer, mais aurais-tu un coup de cœur à partager pour ce Festival OFF 2022 ?

J’aime beaucoup Notre Petit Cabaret qui se joue Au Coin de la Lune avec Béatrice Agenin et sa fille Emilie Bouchereau. C’est un très joli spectacle. J’ai eu un vrai coup de cœur également pour le spectacle de David Brécourt, En ce temps-là l’amour, mis en scène par Christophe Gand que j’avais déjà vu et qui est vraiment un spectacle magnifique, un seul en scène formidable. J’ai également vu un très joli spectacle au Théâtre du Girasole qui est La Dernière Lettre et qui m’a beaucoup plu. Et puis, je vais en citer un dernier, parce qu’il y en a énormément et qu’on ne peut pas tous les citer mais j’ai beaucoup apprécié La Grande Musique qui se joue au Théâtre Buffon, avec un thème qui m’intéresse beaucoup et une très belle mise en scène de Salomé Villiers.

Pour conclure, je te laisse le mot de la fin.

C’est très émouvant pour moi d’être au Festival d’Avignon pour porter une histoire aussi intime, aussi personnelle, chose que je n’avais jamais vraiment vécu et c’est en ça que je réalise ce que c’est également d’écrire, de mettre en scène, de porter un projet parce que, effectivement, il y a une dimension supplémentaire. Non pas que je ne me donne pas à 200% sur les rôles que je joue parce que je suis un acteur toujours très engagé dans ce que je fais mais là il y a cette dimension supplémentaire qui, pour moi, apporte un plus donc je suis très heureux de vivre ce festival d’Avignon avec ce projet très personnel.

Un grand merci à François Feroleto d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour Ciné, Séries, Culture.


 

Un Train pour Milan (1h15)

  • Auteur : François Feroleto, librement inspiré des récits de Dino Buzzati
  • Metteur en scène : François Feroleto
  • Collaboration artistique : Gaëlle Billaut-Danno
  • Avec : François Feroleto et la voix de Michel Bouquet

A l’affiche du Théâtre Au Coin de la Lune du 7 au 30 juillet 2022 à 11h35 (relâches les 13, 20 & 27 juillet)

Résumé : Dans une heure, Marcello sera face à la foule pour plaider sa cause et tenter de retrouver sa liberté. Si la foule l’applaudit, il sera libre. Si elle le siffle, il retournera en prison pour toujours. Pourquoi a-t-il été condamné ? C’est l’histoire qu’il va nous raconter. L’histoire d’un Calabrais qui dans les années 50 a quitté son village et a pris un train pour Milan. L’histoire d’un homme qui s’est battu pour sortir de la misère, qui a tout gagné et tout perdu. Il va danser, jouer, chanter et nous emmener avec lui en Italie, des plages de Calabre aux grandes avenues de Milan. Une heure est passée, il est face à la foule, face à son destin…

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