[Interview] Hocine Choutri : « On essaye de montrer une pièce mais il y a 1500 spectacles à Avignon »

Hocine Choutri / © Ciné, Séries, Culture
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A l’occasion de la 56ème édition du Festival Off d’Avignon, j’ai pu aller à la rencontre d’Hocine Choutri, qui est actuellement à l’affiche de Papillons, un seul en scène dont il est également l’auteur et le metteur en scène. La pièce se joue du 7 au 30 juillet à L’Oriflamme, un nouveau théâtre situé à Avignon.

Bonsoir Hocine, vous jouez actuellement dans Papillons à L’Oriflamme. Pouvez-vous nous présenter ce spectacle ?

C’est une succession de plus ou moins grandes nouvelles qui ne sont pas dans un ordre chronologique mais qui sont chapitrées quand même. Par exemple, l’histoire commence avec une voix off qui dit « Lille 1980 ». Ensuite, la deuxième c’est « Nounours 1965 », etc. Les histoires ne sont pas dans un ordre chronologique mais, au bout d’un moment, il y a un détail qui fait qu’on comprend que c’est le même personnage. C’est en lien avec le titre du spectacle, Papillons, parce que ce mot revient plusieurs fois. Après, je ne vais pas dévoiler le mystère qu’il y a avec ce papillon dans ces histoires mais il a un caractère un peu superstitieux car le papillon a quelque chose un peu de magique : soit maléfique, soit bénéfique, c’est à vous de voir. La majorité des histoires ce sont des souvenirs de vie que j’ai vécus. C’est l’histoire d’un type qui est né dans un bidonville et qui essaye d’avancer dans la vie avec des moyens peut-être un peu trop rapides. Il se croit plus malin et plus intelligent que les autres mais, souvent, la vie le remet à niveau. Et, souvent, il a des grosses déceptions, des désappointements mais il évolue, il rebondit à chaque fois, il ne se laisse jamais complètement détruire. Sa force, elle est là mais, en même temps, il a une espèce de cynisme donc peut-être que son pire ennemi c’est lui-même.

Vous êtes également l’auteur et le metteur en scène de Papillons. Alors que le public vous connaît davantage comme comédien, qu’est-ce qui vous a poussé à passer à l’écriture ?

 J’ai écrit et mis en scène ce spectacle tout seul avec le regard de Patrick Zard qui a eu la bienveillance et la gentillesse de me prendre dans son théâtre. Il est le directeur du théâtre de l’Oriflamme avec son associé Julien Cafaro. C’est grâce à Patrick que je peux jouer et mettre en scène ce texte et il m’aide aussi avec ce regard extérieur sur ma mise en scène.

Alors, oui on me connaît comme comédien, on me connaît comme acteur mais c’est un peu un microcosme le milieu des acteurs, ce n’est pas si grand que ça. Ça fait quand même vingt-cinq ans que je fais ce métier, j’ai démarré tardivement à l’âge de 33 ans, j’en parle d’ailleurs dans mon spectacle. C’est un métier quand même très difficile, il y a un gouffre entre l’offre et la demande donc, au bout d’un moment, même si on commence à me connaître, pour parler crument, j’en ai marre de servir la soupe et d’avoir des petits rôles à la con. Parfois, ça peut être des jolis rôles mais c’est rarement le cas. Là, je me suis dit : « Tu as pleins d’histoires, ta propre vie est parfois supérieure aux scénarios ou aux textes qu’on te donne à jouer donc il ne faut pas attendre que quelqu’un te fasse sortir du lot alors, vas-y, lance-toi ! ». Peut-être que je l’ai fait un peu trop tardivement mais je viens de le faire et j’en suis très content. Et je vais continuer.

Papillons semble faire écho avec un autre spectacle que vous avez écrit il y a 10 ans, Remise à niveau ?

Oui. En fait, c’était un atelier d’écriture basé sur le souvenir. J’ai récupéré des textes que j’avais écrit il y a très longtemps, il y a plus de vingt ans, et que j’ai retravaillé. Il y en a beaucoup mais j’étais obligé de couper pour arriver à 1h10 parce qu’il y a d’autres spectacles derrière moi mais je compte faire une deuxième saison. Il y a Papillons saison 1 et il y aura Papillons saison 2.

Le spectacle va-t-il être repris à Paris ou en tournée par la suite ?

C’est très compliqué parce que Avignon ça sert à ça. On essaye de montrer une pièce, de la vendre sauf qu’il y a 1500 spectacles par jour à Avignon. Je ne suis pas un nom très connu, je suis moi-même mon propre metteur en scène dans un nouveau théâtre qui vient d’ouvrir. Merci de m’interviewer car il faudrait vraiment qu’on fasse la promotion de ce spectacle qui, je pense, est correct. Je ne me fous pas de la gueule des gens et je pense que, quand ils sortent de ce spectacle, ils peuvent ne pas aimer mais jamais ils vont se dire : « Qu’est-ce qu’on foutait là ? C’est quoi ce truc ? ». C’est une vraie histoire : c’est comme si vous alliez au cinéma, c’est comme si vous alliez voir un film, un bon polar social avec de l’humanité. Même s’il y a pas mal de choses assez dures, il y a quand même de l’humanité.

Est-ce votre premier Festival OFF ? Que représente ce festival pour vous ?

Non, je l’ai déjà fait. J’étais sur une pièce d’Alexis Michalik avant le COVID, Intra-Muros. Et je l’avais déjà fait aussi il y a très longtemps en 1994 ou 1995 mais là c’était des conditions compliquées : on était à six dans un 15m² à Nîmes et on jouait au Théâtre de la Luna qui n’était pas ce qu’il est actuellement. Il fallait de l’énergie mais on était jeunes et je garde de bons souvenirs de ça.

Pour moi, si on est acteur au théâtre, même si moi je le suis un peu partout au cinéma, à la télévision et au théâtre, je ne conçois pas de ne pas faire Avignon. Si on ne le fait pas, c’est que vraiment on n’a pas eu le choix, c’est qu’on n’a pas pu le faire. Mais, pour moi, c’est évident, c’est obligatoire, c’est normal, c’est logique de faire Avignon.

Avez-vous d’autres projets qui se profilent à l’horizon après le Festival ?

Je dois reprendre la pièce d’Alexis Michalik, Intra-Muros. Je viens de finir deux tournages pendant que je jouais ici. C’est pour ça que je suis épuisé. J’ai un autre projet de film aussi dont j’ai oublié le titre parce que je l’ai su pendant que j’étais à Avignon et que j’avais passé le casting il y a longtemps. Parfois, dans ce métier, vous passez un casting, vous oubliez que vous l’avez passé puis ils vous appellent deux mois après pour vous dire que c’est bon. D’ailleurs, sur un des films que j’ai tournés, c’est l’habilleuse qui m’a appelé pour me donner un rendez-vous pour les essayages qui m’a appris que j’étais pris. Ce métier est complètement fou et absurde parfois. Et il y a Novembre avec monsieur Jean Dujardin, le film de Cédric Jimenez, qui sort en fin d’année.

Avez-vous eu le temps de voir des spectacles ? Auriez-vous un coup de cœur à partager pour ce Festival OFF 2022 ?

Non, pas encore, mais je vais le faire. Déjà, je veux voir tous mes collègues qui sont dans ce théâtre. J’ai dû créer le spectacle très rapidement et j’ai encore des problèmes techniques à régler : donc je suis obligé d’être là et de travailler sur mon spectacle. Mais ça va mieux maintenant : d’ailleurs, vous en avez eu la preuve ce soir (ndlr : l’interview a été faite le 15 juillet) donc, d’ici quelques jours, je pourrais aller voir d’autres spectacles. Là, je n’ai vraiment pas eu le temps.

Sinon, les deux actrices qui étaient avec moi tout à l’heure, Elisabeth Ventura et Nassima Benchicou, jouent dans un superbe spectacle qui s’appelle L’invention de nos vies : c’est au Théâtre Actuel à 17h30. Elles sont toutes les deux magnifiques et merveilleuses. C’est un roman de Karine Tuil adapté par Johanna Boyé.

Pour conclure, je vous laisse le mot de la fin.

Merci de m’avoir interviewé. Et venez voir mon spectacle pour m’aider un peu.

Un grand merci à Hocine Choutri d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour Ciné, Séries, Culture.


Papillons (1h20)

  • Auteur : Hocine Choutri
  • Metteur en scène : Hocine Choutri avec le collaboration de Patrick Zard’
  • Avec : Hocine Choutri

A l’affiche de L’Oriflamme du 7 au 30 juillet 2022 à 19h55 (relâches les 12, 19 et 26 juillet)

Résumé : Pénombre. Fond de musique jazz et volutes de fumée. Le noir complet se fait. Le jazz s’arrête. On entend un chant. Progressivement la lumière se fait sur un homme au micro. Un peu bluesman, crooneur, rockeur. Une bouteille de whisky apparaît sur un tabouret. L’homme continue de chanter. La bouteille s’illumine de l’intérieur et de plus en plus. Il est perturbé. Il n’y arrive plus. Il prend la bouteille de whisky et boit. « … La première fois que j’ai vu Christine, j’étais comme ces papillons de nuit qui sont irrésistiblement attirés par la lumière et finissent par se consumer à son contact… sauf que j’étais pas censé être aussi con qu’un papillon… ». Au lieu de chanter il se met à raconter des histoires rocambolesques et parfois absurdes qui se passent dans des lieux et des époques différentes. Dans quelques-unes de ces histoires un détail apparaît régulièrement. Au fur et à mesure de ces différents récits, ce même détail fait que l’on comprend qu’il s’agit du même personnage qui traverse toutes ces aventures, où se mêlent tragédie et bouffonnerie, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Un tourbillon ou l’on partage sa vie d’enfant dans une cité minière du Nord. Son adolescence chaotique et délinquante. Sa vie d’adulte ou il essaye de briser ce destin et de refuser cette vie médiocre qu’on lui a toujours présentée comme inéluctable. Ses facultés d’adaptation, sa persévérance et parfois même son empathie, lui permettent d’avancer et d’intégrer des milieux très éloignés de celui d’où il vient… Mais chaque fois, son pire ennemi lui barre la route : lui-même. Son cynisme et sa défiance, même inconsciente, le ramènent toujours à la condition qu’il a voulu quitter. Il vit, il survit, il s’approche de la lumière, des étoiles, chute, tombe et recommence.

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