[Interview] Armelle Deutsch : « Ça a toujours été mon rêve de jouer à Avignon »

Armelle Deutsch / @ Ciné, Séries, Culture
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A l’occasion de la 56ème édition du Festival Off d’Avignon, j’ai pu aller à la rencontre de Armelle Deutsch, qui est actuellement à l’affiche de Je m’appelle Adèle Bloom. La pièce se joue du 7 au 30 juillet au Théâtre de la Condition des Soies à Avignon.

Bonsoir Armelle, vous jouez actuellement dans Je m’appelle Adèle Bloom au Théâtre de la Condition des Soies. Pouvez-vous nous présenter la pièce ?

Armelle Deutsch : Ça se passe entre les années 1940 et 1950. C’est l’histoire d’une jeune femme qui est un peu à part de la société, qui est rebelle, qui est passionnée d’écriture, de poésie, qui peut avoir des excès d’agressivité car elle ne comprend pas le monde dans lequel elle est, comment on traite les femmes, etc. Elle a l’âge normalement d’être mariée, d’avoir des enfants, mais elle n’en a pas car ça ne l’intéresse pas. Sa famille et sa mère notamment décident de la faire interner comme ça se faisait beaucoup à l’époque.

On va suivre cette jeune femme sur les huit années de son enfermement. Ça parle de sa résilience, de l’espoir, et je tiens beaucoup à le dire, car c’est vraiment ça qu’on raconte. On ne raconte pas du larmoyant, on est vraiment dans l’espoir de cette fille. Elle a toujours une petite lumière qui s’éclaire. Tout à l’heure, on parlait de l’éclosion d’un nénuphar : il nait dans la vase et après ça devient une fleur. Et avec Bloom – qui veut dire « fleurir » – on est vraiment là-dedans : elle se fane à des moments, puis elle revient.

C’est une histoire aussi inspirée de faits réels, de personnages qui ont réellement existés. Adèle est totalement inventée, l’histoire est totalement imaginée par Franck Harscouët le metteur en scène mais c’est inspiré de plusieurs choses : on évoque Frances Farmer, on évoque Rose-Marie Kennedy qui a vraiment été lobotomisée, on évoque Janet Frame, on évoque les actrices hollywoodiennes, et tout ça au Canada parce que c’est l’endroit où, à cette époque, il y avait eu les plus gros scandales psychiatriques.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer ce personnage ?

Déjà, c’est un projet qu’on porte depuis longtemps parce qu’avec Franck Harscouët, on est amis et que j’aime énormément ce qu’il écrit, sa sensibilité. Donc, il y a 5/6 ans, on a décidé de lancer ce projet et on n’est pas arrivé au bon moment je pense car le sujet effrayait peut-être trop. Moi, j’y ai toujours cru parce que c’était traité de manière cinématographique, c’était traité de manière poétique donc je me disais que le propos on pouvait l’aborder par ce biais-là. C’est ce qui m’a plu aussi. Et puis je parle des femmes et c’est très bien dit dans la pièce aussi que les femmes si elles n’étaient pas droites, pas dans la ligne, on leur disait « T’es folle » et c’était direct à l’asile. Aujourd’hui, en tout cas en France, Adèle Bloom ne serait pas considérée comme folle : elle serait peut-être considérée comme une excentrique mais pas comme une folle. Et puis qu’est-ce que la folie ? On la met où cette folie ?

Adèle Bloom est un personnage fictif, mais on retrouve dans la pièce des influences multiples : des références historiques mais aussi cinématographiques qui vont de David Lynch à Alfred Hitchcock.

Vous avez complètement capté l’univers de Franck. Franck, il est d’une culture cinématographique…vous ne pouvez même pas imaginer : tout le cinéma, toutes ces actrices hollywoodiennes des années 1940/1950/1960 qu’on a quand même bien pressées jusqu’à l’os, etc. Il a une culture là-dessus. Et il défend la femme de façon tellement belle et tellement juste parce qu’il y a de la rébellion, il y a de l’arrogance, il y a de la fierté. Et c’est vrai qu’il s’est inspiré de toutes ces choses qui ont vraiment existées.

La pièce va-t-elle être reprise à Paris ou en tournée par la suite ?

C’est un peu le but d’Avignon. On a pas mal de touches, on est plutôt très contents parce que comme on l’a joué déjà 3 fois avant Avignon, on a des professionnels qui sont déjà venus à Paris. Là, apparemment, sur deux ou trois soirs (ndlr : l’interview a été faite le 12/07), il y en a eu aussi pas mal donc on a de très bons retours et on a bon espoir de la jouer à Paris. C’est vrai qu’on serait un peu déçus de s’arrêter là.

C’est votre première participation au Festival OFF ? Que représente ce festival pour vous ?

Alors, pour moi, faire Avignon, c’était un rêve de gosse parce que je suis du Sud à la base. Je suis née à Martigues, j’ai habité à Rognac et j’ai commencé le théâtre à Berre, pas très loin d’ici. Et ça a toujours été mon rêve de jouer à Avignon. Et quand je suis allée à Paris pour commencer ma carrière, j’ai débuté à la télé, au cinéma, et c’est vrai que les portes du théâtre se sont un peu fermées. Je me disais : « Il faut que je fasse du théâtre parce que je vais crever si je ne joue pas ». A peu près tous les 4/5 ans, je faisais une pièce à Paris mais ça s’arrêtait là et j’avais toujours cette envie de faire Avignon, parce que je voulais cet esprit de troubadour, cet esprit de troupe, cet esprit déglingos. J’avais envie de retrouver ce que j’avais quand j’avais 14 ans et que j’ai commencé le théâtre. Je n’ai plus la même santé (rires) mais franchement c’est tellement un bonheur d’être là !

Avez-vous d’autres projets qui se profilent à l’horizon après le Festival ?

Après le festival, je pars faire un film d’horreur en Espagne. Et je suis sur le développement d’une série que j’écris. Des projets qui tournent toujours autour des choses un peu bizarres : entre le film d’horreur et la série qui est sur les expériences de mort imminente, c’est toujours très chargé.

Le festival ne fait que commencer, mais quels spectacles avez-vous envie de découvrir durant ce Festival OFF 2022 ?

Il y a plein de spectacles que je veux absolument aller voir. Petit boulot pour vieux clown avec mon ami Pierre Forest, avec qui j’ai commencé le théâtre, au Théâtre du Balcon. Au Théâtre des Gémeaux, avec Sophie Tellier, il y a Belles de Scène. J’ai envie d’aller voir La Grande Musique. J’ai envie d’aller voir Britannicus. J’ai envie d’aller voir la mise en scène de Julie-Anne Roth, Second Souffle. J’ai envie d’aller voir un spectacle de cirque à la Scala avec mes enfants. Enfin, j’ai une liste tellement grande que je ne sais pas si j’aurais le temps de tout voir…

Pour conclure, je vous laisse le mot de la fin.

Vive les nénuphars ! Et vive le Festival !

Un grand merci à Armelle Deutsch d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour Ciné, Séries, Culture.


 

Je m’appelle Adèle Bloom (1h40)

  • Auteur : Franck Harscouët
  • Metteur en scène : Franck Harscouët
  • Avec : Armelle Deutsch, Sophie-Anne Lecesne, Philippe D’Avila, Laura Elko

A l’affiche du Théâtre de la Condition des Soies du 7 au 30 juillet 2022 à 21h40 (relâches les 11, 18 et 25 juillet)

Résumé : Je m’appelle Adèle Bloom suit le parcours d’une jeune femme écrivain dans un asile psychiatrique canadien à la fin des années 40 : de son entrée, à l’initiative de sa mère, à sa sortie, grâce à la miraculeuse parution de son livre écrit en secret durant 8 années d’internement dans des pavillons de plus en plus durs. Délestée de tous ses droits dès son arrivée à l’institut Providence d’Halifax, Adèle Bloom est envahie d’indicibles terreurs : de quels sévices fera-t-elle l’objet ? En quoi consistent exactement ce nouveau traitement à la mode par l’électricité et ces nouvelles opérations du cerveau testées par le directeur de l’établissement en plein tourbillon médiatique, le docteur Walter Freeman ? Quand pourra-t-elle enfin rentrer chez elle ? Le temps passe au rythme des rites de l’hôpital où tout lui semble hostile, à commencer par l’infirmière en chef, Miss Wilbord, tandis qu’une patiente célèbre, Rosemary Kennedy, glace l’atmosphère de l’institut par sa présence muette. Seule Poppie, une internée de longue date, fantasque et mystérieuse, laisse entrouverte à Adèle la porte d’une humanité perdue…

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