[Interview] Christine Citti : « C’est une pièce qui parle de quelque chose que j’ai vraiment vécu »

© Anne-Sophie Giraud / Ciné, Séries, Culture
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A l’occasion de la 54ème édition du Festival Off d’Avignon, j’ai pu aller à la rencontre de Christine Citti, qui est actuellement à l’affiche de la pièce Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, qu’elle a également écrite. La pièce se joue du 5 au 28 juillet 2019 à 11h00 au Théâtre des Halles.

 Bonjour Christine, vous jouez dans Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, une pièce que vous avez également écrite. Pouvez-vous nous la présenter ?

Ça se passe dans un foyer pour jeunes mineurs de 13 à 18 ans. C’est un foyer d’urgence, c’est-à-dire que c’est un endroit où les jeunes arrivent dans des situations d’urgence. Normalement, c’est un sas où après ils sont replacés soit dans des familles soit dans d’autres foyers. Le problème, c’est que tout est un peu compliqué et que normalement ils doivent rester là entre quinze jours et un mois mais certains restent un an. En fait, ce sont des mômes qui viennent de partout : il y a des primo-arrivants, il y a des enfants qui ont subi des violences, d’autres qui en ont faites aussi. En même temps, ce sont des adolescents : ils ont une espèce d’énergie, de pêche, donc ils sont décontenançant et ils sont drôles. Vous avez vu les gens rient beaucoup dans la salle. Mais ils ont des parcours de vie chaotiques. Samira Sedira qui joue l’éducatrice dit à un moment donné : « En fait, je sais que ce sont des oubliés ». Et il y a quelque chose comme ça.

Comment est né ce projet ?

Je suis allée avec Jean-Louis Martinelli dans un foyer de la région parisienne pour faire un stage de théâtre et on n’a pas pu le faire parce qu’il n’y avait pas d’endroit, qu’il n’y avait pas de concentration. On n’était pas forcément désiré en plus par les éducateurs donc on n’a jamais pu faire de théâtre mais on est resté. On prenait des petits groupes, on leur faisait faire des dessins, on chantait avec eux, on a fait des soirées cinéclub. C’était vraiment inventé un peu au fur et à mesure. On avait une espèce de position très bâtarde. Et puis, au bout de quelques mois, c’était prévu qu’on parte donc on est parti. Et, un an après, j’ai eu envie d’écrire sur tout ça, sur ce que j’ai découvert parce que, même si intellectuellement, on sait quelque chose sur cette jeunesse, sur ces foyers, on est très en deçà de la réalité. J’avais envie de les raconter parce que ce sont des mômes très touchants. Donc j’ai eu envie d’écrire une pièce. En même temps, je voulais que ce soit une vraie pièce avec un langage qui n’est pas forcément leur vrai langage et ça a donné Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner. La MC93 était partenaire en tant qu’action sociale du fait qu’on soit allé dans le foyer et Hortense Archambault nous a demandé de faire une lecture de la pièce pour un peu rendre compte de ce qui s’était passé. Et puis, à la fin de la lecture, elle nous a dit qu’elle aimerait bien la monter. C’est une belle histoire.

On peut dire que c’est du théâtre documenté mais pas documentaire puisque ça reste de la fiction ?

Oui, ce n’est pas du tout du théâtre documentaire. Je n’ai pas retranscrit. C’est très bien aussi mais, là, en l’occurrence ce n’est pas ça. Après, c’est une pièce qui parle de quelque chose que j’ai vraiment vécu mais ce n’est pas un documentaire. Dans le Festival OFF d’Avignon, il y a un autre spectacle qui se joue en même temps que nous, dont je ne sais plus le titre (ndlr : il s’agit de J’ai pas le temps, j’suis pas comme eux), sur un foyer de jeunes majeurs, l’étape d’après donc. Eux, ils ont vraiment retranscrit des paroles de jeunes

Comment s’est passé la collaboration avec les jeunes comédiens ?

Très bien. Certains avaient déjà joués auparavant, certains sortaient d’école. Il y en a deux qui n’avaient jamais joués, mais c’était déjà de jeunes acteurs. Ça s’est très bien passé. Jean-Louis a super bien choisi. Je trouve qu’ils sont tous formidables.

La pièce va-t-elle être reprise à Paris ou en tournée par la suite ?

Oui, on fait une tournée en octobre / novembre. Puis l’idée c’est de faire une autre tournée en novembre / décembre 2020 et on reprend de toute façon au Théâtre du Rond-Point en janvier 2021.

C’est sur du long-terme…

Oui, mais c’est bien le théâtre quand c’est sur du long-terme puisque le spectacle évolue, il grandit. De toute façon, quand Jean-Michel Ribes est venu nous voir à la MC93, sa saison était déjà faite donc on y jouera en janvier 2021 mais c’est super.

Les spectateurs vous connaissent principalement en tant que comédienne. Là, vous passez à l’écriture. Comment vous est venu l’envie d’écrire ?

J’écris depuis tout le temps en fait. La seule différence c’est que là j’avais vraiment envie que ça sorte de mon ordinateur. Pour eux en fait. J’avais envie de parler d’eux. Donc j’ai arrêté de me poser des problèmes de légitimité, de « Est-ce que c’est bien ce que j’écris ? » et je me suis lancée.

 Au-delà du festival, avez-vous d’autres projets qui se profilent à l’horizon ?

J’écris une autre pièce pour laquelle je suis un petit peu en retard d’ailleurs (rires). Et il y a deux films qui sortent cet été : La Source le 24 juillet et Rêves de Jeunesse le 31 juillet. Et puis après il y a la tournée de Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner et d’autres choses encore.

C’est la première fois que vous participez au Festival OFF ?

Non, j’y ai participé il a très très longtemps, en 1984. Après, j’ai joué Les Trois sœurs dans le In et là, c’est la première fois que je rejoue au Festival OFF d’Avignon. Ici, le Théâtre des Halles, c’est un super théâtre. Et puis, nous, on apprécie notre groupe, notre histoire. Il y a du monde et c’est une super belle aventure d’être à Avignon avec tous ces jeunes. C’est vrai qu’on est comme si on avait vingt ans Jean-Louis et moi. On est comme une jeune compagnie qui débarque, on tracte, mais c’est super. C’est le théâtre avant tout.

Auriez-vous un coup de cœur à partager pour cette édition 2019 du Festival OFF ?

Je vais vous dire la vérité, je n’ai encore rien vu parce que, mine de rien, c’est beaucoup d’énergie. J’ai dit à tous mes camarades que j’irais les voir après le 14 juillet (ndlr : l’interview a été enregistrée le 12) parce que le 14, on fait une lecture ici, au Théâtre des Halles, d’une pièce inédite de Serge Valletti avec Marina Vlady, avec Marc Citti, mon frère, avec Marion Harlez-Citti, ma fille, avec Joséphine Lévy, ma fille, avec Ferdinand Lévy, mon fils, et Alban Guyon. Après le 14, j’irai voir des spectacles.

Pour conclure, je vous laisse le mot de la fin.

Vive le théâtre ! Vive la jeunesse ! Le théâtre, ça conserve ! (Rires).

Un grand merci à Christine Citti d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour Ciné, Séries, Culture.

Ils n'avaient pas prévu qu'on allait gagner
© Caroline Bottaro

Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner (1h35)

  • Auteur : Christine Citti
  • Metteur en scène : Jean-Louis Martinelli
  • Avec : Christine Citti, Cindy Almeida De Brito, Yoann Denaive, Loïc Djani, Zakariya Gouram, Yasin Houicha, Elisa Kane, Kenza Lagnaoui, Margot Madani, François-Xavier Phan, Mounia Raoui, Samira Sedira

A l’affiche du Théâtre des Halles du 5 au 28 juillet 2019 à 11h00 (à l’exception des 9, 16 et 23 juillet). Plus d’infos sur : www.theatredeshalles.com

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