[Interview] David Brécourt : « Il faut que tous les acteurs puissent venir jouer à Avignon »

© Anne-Sophie Giraud / Ciné, Séries, Culture
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A l’occasion de la 54ème édition du Festival Off d’Avignon, j’ai pu aller à la rencontre de David Brécourt, qui est actuellement à l’affiche de la pièce En ce temps-là, l’amour… Elle se joue du 5 au 28 juillet 2019 à 11h10 Au Coin de la Lune.

Bonjour David, vous jouez actuellement dans En ce temps-là, l’amour… Est-ce que vous pouvez nous présenter cette pièce ?

David Brécourt : C’est un texte magnifique de Gilles Segal que m’a proposé Christophe Gand l’année dernière quand je jouais Kamikazes au Théâtre Buffon à Avignon. C’est un très gros morceau, extrêmement poétique.  En fait, pour résumer et pour que les gens puissent y voir un petit peu plus clair, on est sur la même thématique que La Vie est Belle de Roberto Benigni. C’est sur la transmission, sur l’éducation. Je joue un homme qui s’appelle Z, qui vient d’être grand père et qui, comme beaucoup de déportés, après la guerre, a mis beaucoup de temps à parler de tout ça. Il va donc profiter du fait d’être grand-père pour cracher le morceau et dire tout ce qu’il a sur le cœur depuis qu’il a vécu Auschwitz. Et il va raconter une histoire assez incroyable. Il est témoin d’une histoire qui s’est passée dans un wagon qui part à Auschwitz, d’un homme qui a eu sept jours pour éduquer son enfant parce qu’il savait qu’ils allaient mourir tous les deux sept jours après. Et il se dépêche de lui inculquer toutes les choses de la vie que ce soit l’amour, la liberté, … Ça va même jusqu’à l’humour. C’est quand même incroyable d’avoir essayé de trouver de l’humour dans ce train. Je joue plusieurs personnages : je joue le personnage du grand-père, je joue le personnage de l’homme, je joue l’enfant, je joue aussi un clown à un moment donné. C’est assez fourni mais c’est une pièce qui est magnifiquement écrite, qui est splendide.

En ce temps là l'amour
© Denis Koransky

Cette pièce de Gilles Segal vous offre probablement l’un des rôles les plus forts de votre carrière…

Oui, sans aucun doute. J’ai joué une quarantaine de pièces, beaucoup de comédies, des pièces un peu plus compliquées aussi. Mais celle-là, je suis au top de la difficulté et en même temps je suis comblé de bonheur. Ça faisait longtemps que j’avais envie de jouer tout seul et c’est arrivé. Et c’est un exercice extraordinaire.

Justement, avec un texte aussi intense, n’est-ce pas trop compliqué d’être seul sur scène ?

C’est dur au début quand on commence et puis, après, la machine se met en route. Et, comme les spectateurs me le disent en sortant : « On est dans le wagon avec toi ». C’est le plus beau des compliments qu’on puisse me faire d’ailleurs. C’est merveilleux. Je me dis : « Moi aussi je suis dans le wagon ». Il y a une espèce d’osmose avec le public. Le public ne bouge pas pendant 1h10. Je pensais que certains s’endormiraient ou décrocheraient, mais ça ne bouge pas. C’est assez fascinant. Je suppose que ça veut dire « Opération réussie » ?

La pièce se joue à Avignon durant tout le mois de juillet. Va-t-elle être reprise à Paris dans les mois à venir ?

On a bon espoir, on a des pistes. C’est Avignon qui va décider je pense. C’est le début, on démarre, même si j’ai l’impression que ça fait 3 semaines qu’on est là. On va attendre dans les semaines à venir, on va voir mais évidemment, je sens qu’on va la reprendre à Paris. On ne va pas s’arrêter là.

En ce temps là l'amour
© Denis Koransky

Ce n’est pas la première fois que vous participez au Festival OFF d’Avignon. Qu’appréciez-vous ici ?

C’est génial. Je pourrais vous dire que je regrette une chose : c’est de ne pas avoir connu Avignon plus tôt car je jouais autre chose, je faisais les festivals d’été, j’étais dans des conditions plus luxueuses on va dire et j’enquillais les pièces les unes après les autres, avec Philippe Lellouche notamment, Christian Vadim. Avignon, ce n’était pas pour moi à ce moment-là et je l’ai découvert l’année dernière. Et maintenant je ne m’arrêterai plus. Je serai tous les ans à Avignon parce que c’est remettre les mains dans le cambouis et c’est fabuleux pour un acteur. Il faut que tous les acteurs puissent venir jouer à Avignon parce que c’est des conditions compliquées mais c’est génial. On participe aux changements de décors et c’est un anti-trac… Et puis les spectacles s’enfilent les uns après les autres. On rencontre tous les copains qui sont là et qui sont beaucoup plus accessibles qu’à Paris. A Paris, on a du mal à se voir, les gens ont leurs occupations. Ici, les gens sont là pour se rencontrer. C’est vraiment fabuleux. Plus jamais je ne lâche Avignon !

Vous parliez justement de votre collaboration avec Philippe Lellouche et Christian Vadim. Avez-vous une nouvelle pièce en projet avec eux ?

Pas pour le moment. On n’a pas fini encore avec Le Temps qui Reste. On fait Ramatuelle le 2 août. On part en tournée l’année prochaine pendant 3 mois. Et puis on se laisse un peu de temps. Philippe joue avec Gad Elmaleh en ce moment, Christian va jouer avec Charlotte Valandrey et moi j’ai ce spectacle. Et puis je crois qu’il faut laisser un peu le spectateur respirer. On leur a donné six pièces en dix ans, c’est beaucoup. Donc je crois qu’il faut mettre un petit temps pour peut-être mieux revenir dans trois, quatre ans.

Après le Festival OFF, avez-vous d’autres projets qui se profilent à l’horizon ?

Non, à part En ce temps-là, l’amour… Je mets toute mon énergie là-dedans et je crois que ça va être bien. S’il y a quelques journées de tournage, je les prends mais je n’ai pas tellement envie de m’éparpiller ailleurs. J’ai envie de rester concentrer là-dessus un bon bout de temps.

Le Festival OFF ne fait que commencer, mais auriez-vous un coup de cœur à partager pour cette édition 2019 ?

Il y a tellement de choses… 1592 spectacles… J’en ai vu 3 hier. Il faut aller voir mon pote Alexandre Brasseur au Théâtre des 3 Soleils dans Les Funambules qui joue une histoire fabuleuse, l’histoire de la création des Enfants du Paradis pendant la guerre avec un tournage qui a duré sept ans, où il parle de son grand-père, Pierre Brasseur, de Marcel Carné, etc. C’est super. C’est mon pote et je me suis inspiré de lui car c’est vrai qu’il a démarré ce seul en scène il y a deux ans maintenant et j’ai beaucoup pensé à lui en préparant cette pièce. J’ai vu son spectacle plusieurs fois. Et il le dit comme moi, c’est l’exercice le plus difficile pour un acteur.

Pour conclure, je vous laisse le mot de la fin.

Qu’est-ce que je pourrais dire pour le mot de la fin ? Que je suis très heureux. Merci de m’avoir consacré du temps. Et longue vie à En ce temps-là, l’amour…

Un grand merci à David Brécourt d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

En ce temps là l'amour


En ce temps-là, l’amour… (1h10)

  • Auteur : Gilles Segal
  • Metteur en scène : Christophe Gand
  • Avec : David Brécourt

A l’affiche Au Coin de la Lune à Avignon du 5 au 28 juillet 2019 à 11h10 (à l’exception des 9, 16 et 23 juillet). Plus d’infos sur : www.theatre-aucoindelalune.fr

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