[Interview] Marc Pistolesi : « Monsieur Ducci est un spectacle rempli d’optimisme »

Marc Pistolesi / © Anne-Sophie Giraud
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A l’occasion de la 53ème édition du Festival Off d’Avignon, j’ai pu aller à la rencontre de Marc Pistolesi, comédien et metteur en scène, qui a une actualité très chargée en cette édition 2018 avec pas moins de quatre spectacles à l’affiche : deux dans lesquels il joue (Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? et Monsieur Ducci) et deux qu’il met en scène (Tio, Itinéraire d’une enfant de Brassens et Cabaret Louise).

 

Bonjour Marc, tu as une actualité très chargée en cette édition 2018 du Festival Off puisque tu joues dans deux pièces et tu en mets en scène deux autres. Peux-tu nous les présenter ?

Oui. C’est deux créations et deux reprises. Même si pour une des reprises dans lesquelles je joue, je me sens obligé de toujours changer des trucs. Alors, à 13h, je joue Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? au Théâtre du Roi René. C’est mis en scène par Johanna Boyé et écrit par Eric Bu et Elodie Menant. Et mes partenaires sont Elodie Menant, Cédric Revollon, Céline Esperin…et moi-même. A 15h50 j’enchaîne avec Monsieur Ducci sur lequel je suis tout seul, et auquel je tiens beaucoup. C’est au Théâtre Arto. J’ai un peu plus de mal à remplir parce que je suis tout seul à m’en occuper. A Avignon, c’est un peu la guerre, donc quand tu es tout seul c’est un peu plus laborieux. Il y a un spectacle que j’ai mis en scène l’année dernière de Christina Rosmini, qui est une chanteuse marseillaise, autour de Brassens, qui s’appelle Tio, Itinéraire d’une enfant de Brassens. C’est à 17h au Grand Pavois. Et j’ai fait une mise en scène cette année avec deux personnes super, Régis Vlachos qui a écrit et qui joue dedans avec Charlotte Zotto. Ça s’appelle Le Cabaret Louise, c’est à 19h au Théâtre des Barriques et c’est autour de Louise Michel, la Commune de Paris et c’est sous forme de cabaret. Ça part un peu dans tous les sens, c’est plein de fantaisie et tous les deux sont supers. Ça marche très bien. Je suis très content de ces quatre spectacles.

Tu peux peut-être développer davantage sur Monsieur Ducci, où tu es seul en scène ?

Oui. Monsieur Ducci c’est un bonhomme qui est un peu au bout du rouleau, pas au bout de sa vie. Enfin il va décider, peut-être, de mettre fin à ses jours parce qu’il a perdu goût à sa vie. Il n’aime pas sa condition, il n’aime pas ce qu’il vit. Et des éléments extérieurs – c’est peut-être un peu faux de dire extérieur -, même internes mais que nous on voit de manière extérieure, un peu comme un instinct de survie, vont le faire rebondir. Comme on fait tous dans la vie, on passe notre vie à rebondir. Monsieur Ducci pendant une heure rebondit. Et va retrouver goût à la vie et aborder la vie avec une autre philosophie, beaucoup plus ludique et beaucoup plus joyeuse. C’est un spectacle rempli d’optimisme, c’est très visuel, très burlesque, très clownesque, et très poétique aussi. C’est très physique. J’aime beaucoup ce spectacle. Je veux qu’il y ait du monde ! Et les gens sortent et sont ravis en plus. Donc Monsieur Ducci c’est un peu ça, ce petit bonhomme qui ressemble à nous tous je crois.

Cette année, tu as aussi créé ta propre compagnie de Théâtre, la Compagnie Moonschurzboom. D’où vient le nom ?

J’avais envie de trouver une identité pour la compagnie. J’ai l’impression de trouver la mienne d’identité même si elle évolue tout le temps, que ce soit dans ma manière d’aborder le jeu, sur le plateau en temps que comédien, et ma manière d’aborder aussi le jeu et la mise en scène. J’ai l’impression de plus en plus trouver ma manière de voir, mon identité en fait. Et j’avais envie que le nom de la compagnie ait une identité et ça partait du nom. J’avais envie de l’inventer. Donc c’est parti sur un nom assez sonore. Moonschurzboom, c’est graphique et sonore, c’est-à-dire que le mot est important en lui-même, c’est un dessin à lui tout seul. Ca commence par M-O-O et ça se termine par O-O-M. C’est symétrique, ça sonne, c’est dynamique. C’est assez rythmé, il m’est venu comme ça et je me suis dit ça sera ça. C’est la première chose qui m’est venue. Un son en fait. Comme le premier cri d’un bébé. Là, ça a été Moonschurzboom. Donc on a gardé ça. Enfin quand je dis on, c’est moi (rires). Effectivement, c’est moi qui suis à l’initiative de la création du projet, mais c’est parti au moment de Léonard et j’y ai inclus Edwige Pellissier et Jean-Baptiste Brucker qui sont mes partenaires de Léonard, que j’ai créé en 2016. J’ai envie qu’ils soient proches de mes projets. Après, on verra. Il y a des distributions… Mais en tout cas j’ai envie de bosser avec eux.

Et quels sont les projets que tu développes avec Moonschurzboom ?

Avec Moonschurzboom, je pense que je vais revenir l’année prochaine à Avignon pour Léonard. Mais je vais m’extraire du projet pour pouvoir le finir de l’extérieur. Etre en alternance avec un autre comédien, mais je ne sais pas encore qui sera le comédien du projet. Cette année, je fais une mise en scène à Marseille mais je peux pas trop en parler pour le moment. Mais ça va se faire. Et ce sera en résidence création au Chêne Noir avec des marseillais.

Là, j’intègre une compagnie qui s’appelle Les Epis Noirs, créée par Pierre Lericq qui est ici cette année. Ils ont deux spectacles. C’est très visuel, très musical. Quand on était à Paris, on s’est rencontré car il jouait après nous, après Ivo Livi à La Gaité Montparnasse. Il jouait Flon Flon et j’ai adoré. Ils ont fait des espèces de portes ouvertes cet hiver, des auditions sur treize jours. J’y suis allé le premier jour et je suis resté les treize jours finalement. On est cinq à avoir intégrés la compagnie et j’en fais partie. Et je suis très heureux de ça parce que j’aime beaucoup leur travail. J’ai pas pu faire les premières sessions de répétition parce que je me suis fait mal au genou mais je vais me faire opérer en septembre et je commencerai les répétitions avec une attelle en octobre. Et après je commence en novembre la mise en scène du spectacle et on reprend les répétitions au printemps pour Avignon en 2019. C’est un spectacle autour de l’Histoire de France. Ca fait trois spectacles pour 2019 donc c’est déjà pas mal (rires).

Pour rebondir sur ce que tu as dit, tu as mis en scène Ivo Livi, ou le destin d’Yves Montand qui avait cartonné au Festival Off il y a quelques années, pour lequel tu as obtenu le Molière du Spectacle Musical l’an dernier.

 C’est le spectacle et l’équipe toute entière qui a eu le Molière du Musical en 2017. On était très fiers de ça, très contents. Ça change pas la vie forcément. C’est un peu une borne sur la route. C’est le jeu des 1000 bornes la vie. C’est la 58e borne, on continue à avancer. Mais après je dis pas que ça ne m’a pas ouvert certaines portes et fait rencontrer des personnes, c’est sûr. Mais ça sert à ça aussi les bornes. Ça sert à entamer les prochains kilomètres. Ivo Livi, ça a été une belle aventure.

Ivo Livi ou le destin d'Yves Montand

Tu es comédien, auteur, metteur en scène. On te voit également chanter, danser dans certains spectacles.

Je suis un petit auteur pour le moment. Là, il y a une pièce qui est en écriture. Un jeune public. Enfin, non, un tout public mais qui sera plutôt axé jeune public. En fait, j’aborde mon métier de comédien comme un auteur sur le plateau. J’écris des choses. Et quand tu écris une mise en scène, tu racontes une histoire aussi même si tu te laisses guider par une écriture. Ivo Livi, il y a d’abord une écriture, après il y a une mise en scène. Et après le tout s’imbrique. Après, il y a aussi de très jolies écritures qui sont très mal mises en scène (rires). Mais, pour l’instant, c’est ce que je fais avec Régis, par exemple sur le Cabaret Louise. Régis arrive avec un texte. L’avantage d’être avec les auteurs c’est que, parfois, on a envie de choses dans l’écriture de la mise en scène qui ne vont pas forcément avec l’écriture actuelle donc on en parle. On dit « Est-ce qu’on pourrait pas changer ça dans l’écriture ? » et, du coup, on réécrit des choses ensemble à l’écriture, que ce soit des fins, le début, enfin des moments qui flanchent un peu. Et la plupart du temps, les personnes avec qui je travaille ont aussi l’humilité de s’adapter un peu à moi comme moi je m’adapte à eux donc c’est très bien.

Alors oui, j’écris un peu. Je commence à mettre en scène pas mal. On me rappelle pour jouer parce que les gens pensaient que je n’étais que metteur en scène alors que ça fait quand même vingt-cinq ans que je suis comédien, que j’aime ça et que j’ai pas du tout envie de ne plus jouer. Est-ce que je suis musicien ? Aussi. Je me mets un peu à chanter parce que j’aime ça. J’aime bien penser aux décors aussi. Non, j’aime bien toutes les casquettes. Après, il y a des gens dont c’est le métier donc on s’appuie aussi sur les autres. J’aime bien aussi faire un peu de lumière mais j’ai besoin d’avoir des gens dont c’est le métier pour être conseillé. Je suis très nul en costumes, alors là par contre je suis une brêle. Je n’ai pas l’œil, je n’ai pas le truc (rires). Mais il y a des gens qui savent très bien le faire et je vais de plus en plus m’adresser à eux.

Est-ce que tu as d’autres projets en dehors du théâtre ?

Non, pas forcément pour le moment. Peut-être un tournage cet hiver, mais ça j’ai pas de nouvelles. En même temps, j’ai pas énormément eu le temps de m’occuper des tournages, des castings, des trucs comme ça. En fait, j’ai été très très pris cette année au théâtre donc du coup tout ce qui est audiovisuel… En plus, j’ai quitté mon agent il n’y a pas longtemps donc pour l’instant j’ai plus d’agent. C’est moins évident. A part le théâtre… Mais ça prend du temps entre l’écriture, les projets, les trucs qu’on te propose, les trucs que tu lances. Après, oui, j’aimerai bien beaucoup plus tourner. Mais bon Spielberg ne m’a pas encore appelé Il a pas du voir Monsieur Ducci (rires).

Ca fait très longtemps que tu fais le Festival Off. Tu n’as pas du rater beaucoup d’édition ces dernières années. Qu’est-ce que tu apprécies vraiment dans ce festival ?

C’est vrai, je crois que c’est mon quinzième Avignon. Je saurai pas expliquer. Parce que quand j’y suis, je râle. Enfin, je râle au début parce que les installations sont toujours chaotiques. Et puis je suis pas quelqu’un de super organisé. Quand j’arrive là, les gens hallucinent tout le temps « Mais Marc, sans déconner, s’il te plaît, sois organisé. Si tu le fais pas pour toi, fais le pour nous » (rires). Donc j’arrive un peu comme…Non pas en touriste car je prépare avant, mais pas tout. Je sais pas, j’aime l’ambiance, j’aime l’euphorie, j’aime la fatigue dans laquelle ça nous met. J’aime cette bulle pendant vingt-quatre jours. On est dedans. Et chaque année, avec les installations, il y a toujours des problèmes. Cette année, il y a quatre spectacles, donc c’est multiplié par quatre. Ca a été beaucoup plus éprouvant que d’habitude. Mais bon, il faut y aller. C’est dingue, il faut avancer. Monsieur Ducci, j’étais pas satisfait de ce qu’on avait. J’ai failli encore annuler. Et cette année, je me suis dit « Non, je n’annulerai pas, je fonce ». Et on l’a fait ! La première était super, mon nouveau régisseur a été super. Je suis convaincu qu’à un moment donné, il faut y aller, il faut faire, il faut foncer. On a des peurs, on les a tous, il faut passer outre. La peur elle est normale. Ce qu’il faut savoir c’est la dépasser. Et puis on joue pas notre vie. C’est ça qui me plaît à Avignon. Cette bulle dans laquelle on est, le fait de faire et de pas arrêter de faire. J’arrête pas là. Bon, c’est vrai que cette année… Je suis même en retard sur pleins de trucs.

Est-ce que tu aurais un coup de cœur à partager pour cette 53ème édition du Festival Off d’Avignon ?

Un coup de cœur ? A part les spectacles que j’ai mis en scène et dans lesquels je joue bien sûr et que j’ai déjà cité juste avant (rires). J’ai pas vu de spectacles cette année. En revanche, il y a un garçon que j’aime beaucoup et qui s’appelle Jean-Jérôme Esposito qui revient cette année. Je l’ai vu l’année dernière. Je sais qu’il a fait quelques changements, mais j’ai adoré. C’est Récits de mon quartier qu’il joue à L’Entrepôt à 13h30. C’est génial. Ce mec est génial. J’aime sa gouaille, son naturel, sa bonhomie. Il m’a entraîné dans son quartier. Ca me parle, parce que même si lui était dans les quartiers nord de Marseille, moi j’étais à Gardanne. C’est aussi les quartiers nord mais un peu plus loin, et j’avais mon quartier. Du coup, c’est un spectacle qui me parle. Donc, Jean-Jérôme Esposito, Récits de mon quartier, à aller voir. Il y a le copain Cédric Revollon, qui a un spectacle jeune public dont je n’ai entendu que du bien, qui s’appelle Les Yeux de Taqqi. C’est à La Condition des Soies à 10h. C’est le spectacle que met en scène Cédric, qui est mon partenaire dans Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?. Il paraît que c’est super joli, super poétique. Il y en a d’autres, j’ai pleins de potes à Avignon. Il faut aller voir aussiYohann Métay, il joue dans La tragédie du dossard 512 à 11h au Pandora. L’année dernière il était au Chêne Noir. Mais je l’ai rencontré il y a plus longtemps. Il jouait après nous au Tristan Bernard quand on faisait Ivo Livi. Il est génial son spectacle, ce mec est très fort.

Pour conclure, je te laisse le mot de la fin.

Le mot de la fin ? Ce festival d’Avignon va être une boucherie ! (rires). Venez voir Monsieur Ducci parce que je reviendrais peut-être pas l’année prochaine. Qui sait ? Peut-être…mais pas sûr. Je ne sais pas.

Un grand merci à Marc Pistolesi d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour Ciné, Séries, Culture.


Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty ?

Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? (1h25)

  • Auteur : Eric Bu et Elodie Menant
  • Metteur en scène : Johanna Boye
  • Avec : Elodie Menant, Cédric Revollon, Céline Esperin, Marc Pistolesi

A l’affiche du Théâtre du Roi René à Avignon du 6 au 29 juillet 2018 à 13h00 (à l’exception du 16 juillet).

Monsieur Ducci

Monsieur Ducci (1h10)

  • Auteur : Didier Landucci, Jean-Marc Michelangeli, Hervé Christianini et Marc Pistolesi
  • Metteur en scène : Jean-Marc Michelangeli
  • Avec : Marc Pistolesi

A l’affiche du Théâtre Arto à Avignon du 6 au 28 juillet 2018 à 15h50 (à l’exception des 11 et 18 juillet).

Tio, Itinéraire d'une enfant de Brassens

Tio, Itinéraire d’une enfant de Brassens (1h15)

  • Auteur : Christina Rosmini
  • Metteur en scène : Marc Pistolesi
  • Avec : Christina Rosmini, Bruno Caviglia, Xavier Sanchez, Christophe Gallizio

A l’affiche du Théâtre Le Grand Pavois à Avignon du 6 au 29 juillet 2018 à 17h00 (à l’exception des 10, 17 et 24 juillet).

Cabaret Louise

Cabaret Louise (1h15)

  • Auteur : Régis Vlachos
  • Metteur en scène : Marc Pistolesi
  • Avec : Charlotte Zotto, Johanna Garnier, Régis Vlachos

A l’affiche du Théâtre des Barriques à Avignon du 6 au 29 juillet 2018 à 19h00 (à l’exception des 10, 17 et 24 juillet).

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