[Interview] Marc Citti : « Mathieu Scarifi est une sorte d’avatar de papier »

Marc Citti / © Anne-Sophie Giraud
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A l’occasion de la 53ème édition du Festival Off d’Avignon, j’ai pu aller à la rencontre de Marc Citti, qui est actuellement à l’affiche de la pièce Les Vies de Swann, qu’il a également écrit et mis en scène. Elle se joue du 6 au 29 juillet à 18h15 au Théâtre du Girasole à Avignon et vient de recevoir le coup de cœur du Festival Off 2018, décerné par les membres du Club de la Presse du Grand Avignon – Vaucluse.

 

Bonjour Marc, vous êtes actuellement au Théâtre du Girasole, dans Les Vies de Swann, une pièce que vous avez également écrite et mise en scène. De quoi parle-t-elle ?

La pièce raconte l’histoire d’un homme, enfin d’un couple, qui a un tout petit garçon qui s’appelle Swann. Et ce petit Swann a le pouvoir de se projeter dans l’avenir et d’embarquer toutes les nuits son père dans toutes les aventures de ses futurs possibles, à tous les âges réels ou imaginaires, on sait jamais trop. C’est essentiellement une comédie, même un peu débridée parfois. Et puis il y a quand même une dimension un peu mélancolique aussi. C’est une tragicomédie on va dire.

Les Vies de Swann
Marc Citti et Arnaud Dupont dans Les Vies de Swann / © Zoé Forget

Les Vies de Swann clôt la trilogie que vous aviez commencé avec Kiss Richard ?

Oui. Cependant, il n’y a pas besoin d’avoir vu les deux autres pour comprendre celle-ci parce qu’à chaque fois, c’est le même personnage, mais il est toujours différent. La trilogie raconte l’histoire de Mathieu Scarifi, ce père en l’occurrence dans Les vies de Swann, qui est un artiste assez valeureux et qui ne comprend pas grand-chose au monde qui l’entoure et qui se pose pleins de questions. Et là, le voilà papa d’un tout petit garçon d’un an et ça le remue énormément.

Dans Les Vies de Swann, vous abordez le thème de la filiation. Y a-t-il un lien autobiographique ?

J’ai un petit garçon qui s’appelle Swann pour ne rien vous cacher, qui a trois ans et demi maintenant. Et quand j’ai écris cette pièce il avait un an. Donc, évidemment l’idée est venue en le regardant et puis en imaginant des tas de choses comme quand on regarde les enfants jouer. Enfin, à un an, il ne jouait pas trop. Donc le lien autobiographique il est là. Après, il y a des tas de choses piochées dans mon existence propre et puis il y a des choses qui sont complètement inventées. Mais ce Mathieu Scarifi est un avatar évidemment. C’est toujours le même nom dans mes pièces. J’ai même écrit un roman qui va sortir au mois de septembre chez Calmann-Levy qui s’appelle Sergent Papa dont le héros s’appelle Mathieu Scarifi aussi. Donc c’est une sorte d’avatar de papier.

Sergent Papa votre premier roman sort donc en septembre. Quel en est le sujet ?

C’est encore une histoire de père et de fils, mais on est sur un registre très différent. Là, c’est moins magique et moins farcesque puisque ce n’est pas du théâtre. Pour le coup, c’est l’histoire d’un comédien de cinquante ans qui est singulièrement à la ramasse dans son métier et qui a un enfant dont il ne s’est jamais occupé qui a 22/23 ans, Antoine, qui lui est en passe de devenir une égérie de la scène rock française. C’est un guitariste et un chanteur absolument génial. Et finalement, en tout cas dans la première moitié du livre, ce qui est en creux entre les lignes, c’est cette question très délicate et presque tabou de la jalousie que peut éprouver un père ou un parent à l’égard de son enfant. C’est les destins croisés de ces deux hommes, ces deux artistes.

Sergent Papa

Concernant Les Vies de Swann, d’autres dates sont-elles prévues prochainement ?

Là, c’est une création pour le Festival d’Avignon. Donc, tous les soirs il y a des professionnels qui viennent bien entendu et ça a l’air de bien se passer. Mais on en reparlera à la toute fin et on verra. On essaye d’organiser une tournée pour la saison prochaine et puis pourquoi pas une reprise à Paris. Avant ? Après ? Je ne sais pas. Là, les gens viennent et puis on fera le bilan un peu plus tard.

Avez-vous d’autres projets qui se profilent à l’horizon ?

J’ai un autre projet qui court aussi depuis deux ans qui est un texte absolument magnifique de Mathieu Riboulet, qui était un ami qui nous a quitté malheureusement au mois de mars, et Patrick Boucheron, le célèbre historien, qui s’appelle Prendre Date… C’est une correspondance entre ces deux hommes qui a eu lieu pendant la semaine des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. C’est, à mon avis, ce qui a été écrit de plus beau et de plus juste sur cette question parce que tous les intellectuels ont commis leur petit ouvrage là-dessus mais ça, c’est vraiment très beau. Et comme c’est une correspondance, il nous est apparu à Serge Renko et moi-même, que c’était tout à fait judicieux de le présenter sur un plateau. Donc on le fait. Et il se trouve qu’on le fait là dans le In le 14 juillet dans les jardins du Musée Calvet, mais c’est un peu particulier parce que c’est un spectacle normalement qui a déjà été joué, mais là c’est c’est une captation en direct à 20h pour France Culture (ndlr : l’interview a été enregistrée le 11 juillet). Donc on ne bougera pas, on dira le texte mais à mon avis fort de tout le background qu’on a eu depuis le temps qu’on le joue. Donc ce projet là est court et il est très très important pour moi aussi.

Des tournages en prévision peut-être ?

On va voir à la rentrée probablement. Mais je ne peux rien dire parce que rien n’est sûr mais ça va beaucoup plus vite en général. Le théâtre ça se prévoit un an avant.

Auriez-vous un coup de cœur à partager pour cette 53ème édition du Festival Off d’Avignon ?

Alors, j’ai vu qu’une chose pour l’instant parce que je suis un peu accaparé par mon spectacle mais c’est très très beau. C’est un seul en scène d’une jeune femme, une jeune comédienne. Le titre raconte pas forcément que c’est formidable, mais ça s’appelle Cherche jeune fille pour baby-sitting et c’est adapté, je crois, d’un roman belge, et c’est très très joli. Ça dure 50 minutes et la comédienne est formidable.Je vais aller voir d’autres choses maintenant que je suis un peu plus tranquille.

Pour conclure, je vous laisse le mot de la fin.

Le mot de la fin ? Aidez-moi un peu (rires). Merci d’être venue et j’espère que les gens viendront. Ca a démarré un peu doucement et là ça commence à prendre. Le festival d’Avignon c’est un truc de fou, c’est très très sauvage mais j’espère qu’on trouvera notre place parce que les gens sortent en ayant, je crois, pas mal rigolé et sortent assez émus en général. Donc voilà, le mot de la fin, je souhaite que tout aille bien pour Les Vies de Swann. C’est un beau spectacle.

Un grand merci à Marc Citti d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour Ciné, Séries, Culture.

Les vies de Swann


Les Vies de Swann (1h15)

  • Auteur : Marc Citti
  • Metteur en scène : Marc Citti
  • Avec : Elisabeth Vitali, Marion Harlez-Citti, Arnaud Dupont et Marc Citti

A l’affiche du Théâtre du Girasole à Avignon du 6 au 29 juillet 2018 à 18h15 (à l’exception des 9, 16 et 23 juillet).

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