[Interview] Thierry Ragueneau : « J’adore mon personnage parce qu’il n’est pas gentil »

Thierry Ragueneau / © Anne-Sophie Giraud
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A l’occasion de la 53ème édition du Festival Off d’Avignon, j’ai pu aller à la rencontre du comédien Thierry Ragueneau, bien connu des téléspectateurs, qui est actuellement à l’affiche de Cyclone. La pièce se joue du 6 au 28 juillet au Théâtre du Rempart à Avignon.

 

Bonjour Thierry, tu joues actuellement dans Cyclone au Théâtre du Rempart à 18h50. De quoi parle cette pièce ?

Cette pièce parle du couple et de l’art. En fait, c’est l’histoire d’un couple qui est au bout. Ça fait 20 ans qu’ils se connaissent. Elle est comédienne, mais un peu ratée. Lui est photographe, mais un peu raté. Du coup, c’est une réflexion sur comment on fait pour faire survivre son couple au bout de tant d’années et comment on fait, parallèlement, pour être toujours créatif. Créatif dans sa vie privée et créatif artistiquement, dans la vie en général. Parce que la vie c’est jolie, c’est une création. C’est une réflexion comme ça. Le couple ne va pas bien et, tout d’un coup, arrive le petit grain de sable qui est un petit jeune et qui, lui, voudrait être peintre. Et qui, tout d’un coup, remet en question le couple, remet en question leur vision artistique et tout ça va faire que tout le monde va se poser des questions, tout le monde va se dire : Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on arrête le couple ? Est-ce qu’on part sur un autre chemin dans l’art ? C’est cette mise en abîme là, c’est cette question là. Le couple, l’art.

Peux-tu nous présenter plus en détail ton personnage, Horace ?

J’adore mon personnage parce qu’il est pas gentil, il est méprisant, il est égoïste. Il pense qu’à lui. C’est un type comme ça. Il est pas méchant du tout, il est profondément humain. Il aurait envie d’abandonner son métier de journaliste bidon qu’il fait dans un canard bidon pour gagner sa vie et de se consacrer à ses photos mais il y arrive pas. Il y arrive pas pourquoi ?  Je sais pas. Peut-être parce qu’il ne s’est pas posé les bonnes questions, peut-être parce qu’il n’a pas fait les bonnes rencontres ? Et, du coup, ça rejaillit sur sa vie de couple où il n’est pas très gentil avec sa femme qui, elle, est comédienne. Il essaye de l’encourager, mais ça tombe à côté. Au lieu de lui faire de vraies preuves d’encouragement, il la démolit un peu. A jouer, pour un comédien, c’est super parce qu’avec les gens comme ça pas très gentil, on peut faire pleins de truc. C’est très agréable.

Cyclone est une création 2018. On sait que la rencontre avec le public est toujours moins évidente que lorsque l’on revient avec un spectacle déjà connu. Comment s’est passé la préparation ?

Tout à fait. Alors, c’est une production guyanaise. La comédienne Odile Pedro Leal qui joue le rôle de ma femme, Clara, est de Guyane. Et elle a une production, donc de l’argent de là-bas. Du coup, on est allé jouer là-bas. On a répété quinze jours à Paris et quinze jours à Kourou, en Guyane, pour monter ça. Donc ce n’était vraiment pas désagréable. Et voilà, ça s’est fait comme ça. Moi je connaissais Odile parce qu’on avait joué Bon anniversaire mon amour en Guyane, à Cayenne, lorsqu’elle était directrice d’un théâtre là-bas. Je ne connaissais pas William Mesguich et je voulais absolument travailler avec lui donc je me suis dit l’occasion est super. Jean-Bernard Ekam-Dick je ne le connaissais pas non plus. Donc je connaissais pas grand monde en fait là-dedans. Mais le projet m’a intéressé parce que je me suis dit c’est un truc que j’ai jamais joué. J’avais jamais fait ça. C’est une pièce de Michèle Césaire qui écrit quand même d’une manière particulière, c’est très quotidien et très poétique en même temps. C’est assez étonnant, c’est pas évident à appréhender du tout, mais c’est intéressant.

Cyclone Comédiens
Thierry Ragueneau, Odile Pedro Leal, Jean-Bernard Ekam-Dick

Cela fait combien d’années maintenant que tu joues au Festival Off ?

J’ai commencé en 2013 avec Bon Anniversaire mon Amour. 2014 Bon Anniversaire mon Amour. 2015 pause. 2016, il y a eu Après la Pluie. 2017, il y a eu la deuxième pièce que j’ai écrite avec Corinne Hyafil, Pour l’amour du fisc. On est en tournée en ce moment avec. Et puis celle-ci. Donc ça fait cinq fois en six ans en fait. C’est beaucoup, c’est fatiguant, c’est épuisant.

Et qu’est-ce qui te plait ici ?

J’allais dire un truc pas très gentil : pas grand-chose. Mais c’est pas vrai. C’est épuisant. C’est très personnel, mais j’ai une relation très difficile avec ce festival parce que je trouve qu’il y a trop de monde, trop de compagnies, trop de spectacles, trop de machins. Qu’on n’a pas assez de temps, que dans les théâtres c’est parfois assez abominable. On a à peine fini de monter le décor que pof il faut jouer immédiatement, on peut pas se concentrer. On est à peine sorti de la salle, on dit trois mots aux spectateurs et, vite, vite, vite, il faut qu’ils s’en aillent parce qu’il faut qu’on enlève le décor pour laisser la place à quelqu’un d’autre. Voilà, ça c’est les points un peu négatifs. Les points positifs, c’est que c’est une fourmilière de créations parce que sur 1500 spectacles, il y en a qui sont très biens. Il y en a aussi qui sont nuls, mais ça c’est normal. Et c’est ça qui est bien, c’est qu’on rencontre des gens, des auteurs, des metteurs en scène, des comédiens. Il y a de l’échange, il y a une énergie qui est assez impressionnante. Et  le gros point positif c’est ça.

Les spectateurs te connaissant surtout pour tes rôles à la télévision, notamment dans Plus Belle La Vie. Faire du théâtre, est-ce important pour toi ?

C’est capital. Je pense que, si on s’enferme que dans la télé, que dans le cinéma, que dans un endroit, ou même qu’au théâtre, c’est…Enfin, encore une fois c’est très personnel, mon métier je le vois pas comme ça : je le vois partout. Faire que de la télé, ça peut être un peu réducteur. On va tellement vite à la télé, de plus en plus vite maintenant, qu’en tant que comédien on va pas chercher plus loin que une ou deux intonations, on se dit « ça passe ». Tandis que revenir au théâtre, là il y a un vrai travail parce qu’une fois qu’on est sur scène, le spectateur ne s’y trompe pas. Et quand c’est pas bien, et bien c’est pas bien. Et si on n’a pas assez travaillé, assez cherché, vraiment fait un travail créatif, ça ne passe pas.

Est-ce que tu as d’autres projets à venir après le festival ?

Après le festival, je rentre, je dors quinze jours et ensuite, il faut que je finisse l’écriture de la suite de Bon Anniversaire mon amour, 5 ans après qui j’espère sera en production l’année prochaine. Et pour l’instant, côté théâtre, c’est tout. Si, il y a une pièce de Rostand aussi avec Marion Bierry dont on a fait des lectures, dont on attend beaucoup. On va voir si ça se fait. Donc c’est plutôt théâtre et puis toujours doublage à droite, à gauche. Je fais un truc en ce moment super, je fais le doublage de la série Dynastie. Ils ont refait une série Dynastie trente ans après, c’est top. C’est pas du tout ma tasse de thé ce genre de truc, mais là c’est vraiment très sympa à faire.

Bon Anniversaire mon Amour

Aurais-tu un coup de cœur à partager pour cette 53ème édition du Festival Off d’Avignon ?

Alors, je n’ai rien vu. Pour l’instant, c’est trop tôt. Mais j’ai des copains qui jouent, je crois que c’est au Collège de la Salle, vers midi, et c’est Le Misanthrope. C’est Claire Guyot qui a mis en scène ça, et c’est une fille formidable. Et il faut aller voir ça, c’est très bien.

Pour conclure, je te laisse le mot de la fin.

Le mot de la fin ? Et bien, ça tombe bien car j’ai très faim. (rires). Il ne fait pas trop chaud pour l’instant à Avignon, c’est super. Haut les cœurs ! On continue, on avance, on bouscule les préjugés, on bouscule les habitudes. Et vive le théâtre !

Cyclone


Cyclone (1h15)

  • Auteur : Michèle Césaire
  • Metteur en scène : William Mesguich
  • Avec : Thierry Ragueneau, Odile Pedro Leal, Jean-Bernard Ekam-Dick

A l’affiche du Théâtre du Rempart à Avignon du 6 au 28 juillet 2018 à 18h50 (à l’exception des 11 et 17 juillet).

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