[Interview] Joseph Gallet et Jean Fornerod : « Dîner de Famille, c’est une pièce dans laquelle les gens peuvent se reconnaître »

Jean Fornerod & Joseph Gallet / © Anne-Sophie Giraud
0 89
A l’occasion de la 53ème édition du Festival Off d’Avignon, j’ai pu aller à la rencontre de Joseph Gallet et Jean Fornerod, tous les deux à l’affiche de Dîner de Famille, dont Joseph Gallet est également le co-auteur. La pièce se joue du 6 au 29 juillet au Théâtre Le Palace à Avignon et jusqu’au 31 décembre 2018 au Théâtre Edgar à Paris.

 

Bonjour Joseph et Jean, vous jouez tous les deux dans Dîner de Famille au Théâtre Le Palace à Avignon du 6 au 29 juillet 2018 à 15h40. Joseph vous êtes également le co-auteur de la pièce. De quoi parle Dîner de Famille ?

Joseph Gallet : Dîner de Famille parle d’Alexandre qui va fêter ses 30 ans et qui décide d’inviter ses deux parents pour son anniversaire pour leur annoncer qu’il va se marier et qu’il aimerait que ses parents soient ses témoins. Le seul souci, c’est que ses parents ne se sont plus adressés la parole depuis 30 ans. Donc, il les fait venir sous un faux prétexte et, une fois que la supercherie est dévoilée, le dîner de famille part en vrille. Chacun règle ses comptes, en s’amusant, puisque c’est toujours marrant de voir ce qu’on connaît. On a tous connu des dîners de famille qui partent en vrille. Et voilà, on repart à zéro : c’est pas facile d’être parents, c’est pas facile d’être enfant.

Pourriez-vous nous présenter vos personnages plus en détail ?

Jean Fornerod : Franck, c’est le père qui n’a pas assumé sa paternité vis-à-vis d’Alexandre. Il a quitté sa femme, il l’a laissé tomber. D’autant plus que lui, il est homosexuel et qu’il a choisi de vivre sa vie. C’est un abandon pur et simple de sa vie familiale avec son ex-femme. Il a changé complètement et il a plutôt pensé à lui. Malgré tout, il a un peu de remords. Son fils, il ne l’a pas vu depuis dix ans, mais c’est quand même son fils. Et, en revenant le voir dix ans après, du fait qu’en plus il revoit son ex-femme alors qu’il n’était pas au courant, ça part un peu en vrille mais ça permet de crever l’abcès : ils se redécouvrent. C’est deux adultes. Et en plus, ils essayent de combler tout ce temps qu’ils n’ont pas passés ensemble, notamment avec leur fils. Certes, il y a beaucoup d’humour mais c’est quand même une pièce dans laquelle les gens peuvent se reconnaître car on voulait pas dramatiser la pièce. Mais ça fait réfléchir, j’espère, sur comment éduquer un gosse, assumer ses rôles de parents, assumer aussi la différence puisque le père est homosexuel, avec la mère qui n’est pas facile non plus. C’est quand même un sacré personnage. C’est une pièce actuelle qui est intéressante à jouer et à écouter aussi. C’est sur la famille, le respect, l’amour des autres, mais tout ça avec la patte de Joseph Gallet et Pascal Rocher parce qu’ils ont cette petite note d’humour en mettant quelques petites étincelles de sérieux. C’est vraiment plaisant. D’ailleurs, on a pu entendre : les gens sont partis avec nous, ils ont rit. Mais, même dans les scènes d’émotion, notamment quand on évoque leur jeunesse, là on sent que les gens sont à l’écoute, qu’ils ne rigolent plus, mais comme c’est de la tendresse, ça leur parle. Ça les touche au cœur.

Joseph Gallet : Mon personnage c’est Alexandre qui a probablement mal vécu tout ça à l’origine mais qui maintenant a pris son parti, a pris du recul. Il a 30 ans, il a construit sa vie. Et, en fait, il est à un moment de sa vie où il sent qu’il veut aller de l’avant et, pour ça, il faut quand même qu’il règle les petits problèmes, les boulets de son enfance, c’est-à-dire ses absences, ses manques et on sent qu’il a besoin de réunir ses deux parents, de mettre les choses au clair. La symbolique du mariage sert aussi à ça. Il veut que ses parents soient témoins de son mariage parce qu’il veut que ses parents soient témoins pour une fois de quelque chose dans sa vie. Et c’est important pour lui de renouer à ce moment-là. C’est un peu un moment de bilan. A 30 ans, tout le monde a déjà un peu connu ça. C’est un moment de bilan avant d’aller de l’avant.

Dîner de Famille fait partie des succès du Festival Off d’Avignon en 2017. Cette année, vous rejouez à Avignon pour la deuxième fois consécutive, en parallèle des représentations parisiennes.

Joseph Gallet : Absolument. En fait, entre temps, grâce au festival de l’année dernière, on s’est déjà fait une belle petite tournée en France. Et, en même temps, on est sur plusieurs tableaux, c’est comme ça que ça fonctionne au théâtre. On cherchait une programmation à Paris et tout s’est débloqué à peu près au même moment. On a récupéré donc à Paris un créneau au Théâtre Edgar depuis le 19 juin jusqu’au 31 décembre, du mardi au dimanche, une semaine à 21h et une semaine à 19h. Et c’est vrai qu’en même temps, Avignon était déjà prévu. Donc on a créé deux équipes : l’équipe donc qui joue sur Avignon qui est la même que l’année dernière, c’est-à-dire Jean Fornerod, Emmanuelle Gracci et moi, et à Paris il y a une autre super équipe qui joue en ce moment au Théâtre Edgar qui est composée de Emmanuel Donzella, Carole Massana et Arnaud Laurent qui jouent tout le mois de juillet pendant que nous on joue ici. Et ensuite, on alternera à partir du mois d’août avec un nouvel arrivant qui est Mathieu Coniglio qui a déjà joué quelques dates et qui remplacera Arnaud Laurent mais Arnaud reviendra aussi. Donc on alternera tous les quinze jours à Paris et en tournée un peu partout.

Dîner de Famille
Joseph Gallet, Emmanuelle Gracci et Jean Fornerod dans Dîner de Famille

Qu’est-ce que vous appréciez ici au Festival Off d’Avignon ?

Joseph Gallet : Moi, ça fait onze ans d’affilée que je le fais donc je me dis qu’il y a bien quelque chose que je dois apprécier parce que sinon je ne reviendrais pas. Maintenant, je me demande à chaque fois ce que c’est parce que c’est quand même un énorme boulot. On ressort rincés. Après, je pense personnellement que c’est plus les opportunités que le festival propose. D’abord, parce que professionnellement on rencontre quand même pleins de gens qui nous proposent des dates de tournée après donc ça c’est génial parce qu’en plus ensuite on passe une super année. On quitte Paris, on va dans pleins d’endroits. Mais ça, on ne s’en rend compte je dirai qu’après parce que sur le coup on n’y pense pas forcément. Après, ça offre aussi une opportunité que personnellement je n’ai pas eu tant de fois que ça ces dernières années qui est de jouer vraiment 24 fois je crois ou 23 fois d’affilée et ça fait toujours énormément de bien aux pièces qu’on écrit parce que ça leur permet de passer un cap. A l’issue du mois, on a vraiment pu tester tous les jours et donc on les perfectionne toujours parce qu’on a le retour du public. Et le retour du public ne ment pas. Donc quand, à un moment donné, cinq journées de suite, il n’y a pas de rires, ça veut dire qu’il y a clairement un ventre mou. Alors que, quand on la joue ponctuellement en tournée, on peut avoir un soir où tout passe mais ça n’est pas forcément la réalité du texte. Et puis il y a aussi un truc que je trouve super à Avignon, qu’on a un peu moins à Paris, c’est que, au jour le jour, quand on travaille, les gens viennent. A Paris, c’est plus complexe. Ca dépend un peu des pubs qu’on prend. On sait pas très bien pourquoi le public vient, on n’a pas un contact direct. A Avignon, c’est génial de se dire que si on travaille bien pendant la journée, si on tracte bien, si on fait notre boulot avant de jouer, il y aura du monde dans la salle. Et ce rapport tout d’un coup direct devient plus motivant et plus intéressant.

Jean Fornerod : Moi, c’est seulement le deuxième festival que je fais. J’étais déjà venu mais pour voir des spectacles. Moi, ce que j’apprécie déjà c’est que j’y vais avec un bon spectacle, avec une bonne équipe. Ca se passe bien, ça s’était déjà super bien passé l’année dernière. Donc c’est pour ça que là on le renouvelle et que j’étais partant pour revenir ici. Et après, effectivement, c’est l’été, le soleil, la chaleur. C’est aussi l’effervescence, les spectacles partout que je ne vais pas toujours voir, parce que moi la foule à un moment donné ça me saoule. Je suis bien ici parce qu’on est là pour taffer, on fait notre boulot, on tracte en plus comme des furieux. Mais voilà le public nous suit. C’est une cocotte-minute ici. C’est ça qui est bien. C’est une effervescence et on revoit bien sûr des comédiens, des copains, des metteurs en scène. On peut les aborder plus facilement, on peut bouffer avec eux, discuter. Pour le relationnel, c’est pas mal. Ca c’est très bien. Et puis ça change un peu de l’air parisien. C’est comme les festivals de cinéma, mais au lieu que ça dure deux ou trois jours, là ça dure tout un mois et il faut tenir. Mais vraiment ça vaut le coup. Et puis c’est des bonnes conditions. Et j’ai des partenaires de jeu, ils sont vraiment bien. Mais ça va être dur à la longue, à la fin du mois c’est insupportable (rires).

Quel a été votre parcours à tous les deux avant cette pièce ?

Joseph Gallet : Alors, moi j’ai fait ma formation au cours Simon et en fait j’ai commencé à écrire assez jeune avec François Navarro qui coproduit aussi Dîner de Famille. J’avais 19 ans et depuis on a écrit 6 pièces je crois. Et j’ai joué aussi ensuite dans d’autres projets mais j’ai beaucoup joué mes pièces parce que c’est vrai qu’en général quand on attend qu’on vienne nous chercher, c’est quand même plus complexe. Donc voilà j’ai co-écrit pas mal, en fait j’aime bien ça. Je crois que j’aime pas trop écrire tout seul parce que rapidement je m’ennuie. Donc j’aime bien avoir quelqu’un pour pouvoir déconner et qu’on passe déjà de bons moments en écrivant parce que c’est la clé pour que les gens passent de bons moments ensuite en regardant le spectacle. Et c’est pour ça qu’après plusieurs pièces, je suis allé voir Pascal Rocher il y a deux ans pour lui proposer un pitch et qu’on écrive tous les deux. Et qu’on construise cette pièce ensemble et ça a bien marché. Et puis en tant que comédien, j’ai joué dans pleins pleins d’autres projets.

Jean Fornerod : Ca fait 27 ans que je suis monté à Paris car j’étais originaire du Sud-Ouest. J’ai commencé par prendre des cours le soir, notamment l’Atelier Ecole Charles Dullin, ensuite j’ai fait le Studio Pygmalion aussi. J’ai commencé c’est vrai par des comédies, notamment une pièce qui s’appelait Hors Piste. C’était en 2000 et là ça a commencé à marcher. On me sollicitait pour faire des lectures, jouer dans des pièces. Alors c’est vrai que c’est resté assez comédie comme La sœur du grec, Les voisins du dessus, Chacun sa croix. Mais ça a été des succès sur un an ou deux avec des bonnes tournées. Et puis c’est comme ça qu’on se crée des relations, un réseau. Ensuite, il y a eu un peu d’images aussi. Ca fait 27 ans donc il y a eu des petits rôles dans des séries à l’époque comme L’Instit, Quai N°1. J’ai eu la chance de tourner avec André Téchiné aussi sur trois films, notamment Quand on a 17 ans où on m’a vraiment filé un rôle important. Un long indépendant aussi qui tourne en ce moment et dont le DVD sort là, Les Etoiles Restantes. Et puis beaucoup de courts-métrages, avec notamment Arnaud Sadowski, des web-séries avec Anthony Lemaître, notamment une qui s’appelle Marc va pécho ou Authentik. Et puis, je suis mon bonhomme de chemin comme tous les comédiens. Après j’écris pas, c’est vrai. Je suis un peu feignant là-dessus. Mais j’arrive quand même à trouver de ci, de là des rôles intéressants à jouer soit dans des pièces, soit dans des courts, des web-séries, etc.

Avez-vous d’autres projets à l’horizon ?

Joseph Gallet : Depuis un an et demi maintenant, j’ai monté une chaîne aussi sur Internet qui s’appelle Le Mug Club. Je le dis parce qu’il faut en parler, parce que c’est très compliqué d’exister sur Youtube. Donc, dans Le Mug Club, on fait pleins de sketchs, des web-séries, des podcasts tous les quinze jours à peu près.

Jean Fornerod : Mes projets, déjà c’est continuer avec cette pièce parce que après Avignon on sera au Théâtre Edgar à Paris jusqu’au mois de décembre. Après, c’est une pièce qui marche bien, donc je pense qu’ils vont pas laisser tomber et j’espère que ce sera prolongé. J’ai une autre pièce éventuellement de Gérald Sibleyras mais c’est en recherche de financements donc c’est pas encore fait. Et en images, je dois tourner la saison 2 de Marc va pécho au mois d’août et au mois de septembre. J’ai un autre court qui sera bien, un moyen-métrage qui est une belle histoire et qui s’appelle Le colleur d’affiches par Maïlys Gélin qui doit d’ailleurs venir me voir jouer. Mais elle veut faire ça proprement avec une production donc ça prend du temps. Elle a notamment bossé avec André Téchiné en tant que seconde assistante. Et puis des projets aussi avec notamment Arnaud Sadowski qui est en recherche de financements pour ses longs-métrages. Et c’est tout (rires).

Est-ce que vous auriez un coup de cœur à partager pour cette 53e édition du Festival Off d’Avignon ?

Joseph Gallet : En fait, on n’a pas encore vu de spectacles.

Jean Fornerod : Non, mais moi on m’a parlé de spectacles.

Joseph Gallet : Je dirai Fucking Happy Ending et après j’ai pas encore bien vu ce qui se jouait.

Jean Fornerod : Moi on m’a parlé aussi de Philippe Caubère, Le Bac 68, au Chêne Noir. Ca dure 2h et il parait que c’est génial.

Joseph Gallet : Et il y a une autre pièce dont on parle à la fin du spectacle qui s’appelle Quitte moi si tu peux et qui se joue aussi au Palace à 20h20. Mais on a pas encore eu le temps de voir de spectacles. Le festival ne fait que commencer alors ces trois là c’est déjà bien.

Pour conclure, je vous laisse le mot de la fin.

Joseph Gallet : Jean, c’est pour toi.

Jean Fornerod : Je te remercie (rires).

Jean Fornerod : Que dire ? Dîner de Famille, la table est mise. On vous attend, venez quand vous voulez. On est là du 6 au 29 juillet au Palace à Avignon.

Un grand merci à Joseph Gallet et à Jean Fornerod d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour Ciné, Séries, Culture.

Dîner de Famille


Dîner de Famille (1h20)

  • Auteur : Joseph Gallet et Pascal Rocher
  • Metteur en scène : Pascal Rocher
  • Avec : Joseph Gallet (Alexandre), Jean Fornerod (le père), Emmanuelle Gracci (la mère) OU Emmanuel Donzella, Carole Massana, Arnaud Laurent ou Mathieu Coniglio.

A l’affiche du Théâtre Le Palace à Avignon du 6 au 29 juillet 2018 à 15h40.

A l’affiche également du Théâtre Edgar à Paris depuis le 16 juin et jusqu’au 31 décembre 2018, une semaine à 19h et l’autre à 21h.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.