[Interview] Arnaud Sadowski : « Très vite, j’ai eu envie de faire des films humains ».

Arnaud Sadowski / © Anne-Sophie Giraud
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A l’occasion des 15 ans des Hérault du Cinéma et de la Télé, j’ai pu aller à la rencontre de Arnaud Sadowski, scénariste et réalisateur, venu présenter Dehors, tu vas avoir si froid un très beau moyen-métrage. Il nous parle de ce film, de son parcours mais aussi de ses projets.

 

Bonjour Arnaud. Cette année, les Hérault du Cinéma et de la Télé fêtent leur 15e anniversaire. Ce n’est pas la première fois que vous venez présenter un film dans ce festival. Est-ce un plaisir de revenir ici ?

En effet, je suis venu il y a 4 ans avec Julie De Bona pour La vie comme elle vient. Julie avait déjà été invitée, elle n’avait pas pu venir et là le film ayant été sélectionné, on était venu tous les deux. Julie était repartie avec un prix d’interprétation en plus. Donc on était absolument ravi d’être venus. Je trouve l’ambiance du festival formidable et quand Patrick Jorge m’a rappelé pour qu’on vienne présenter un autre film je suis bien évidemment venu parce que le cinéma que je fais est un cinéma que je pense populaire avec des messages simples. Ce sont des films qui ressemblent à la vraie vie où ça crie, où ça pleure, où ça rigole. Et Patrick et toute son équipe font un festival pour le public, où le public est avant tout mis en avant et pas planqué derrière des barrières à 50 000 kilomètres. C’est un événement gratuit. Donc j’ai absolument pas hésité et les comédiens du film qui étaient disponibles n’ont pas hésité non plus. C’est toujours un plaisir d’être là quelques jours.

Pour les lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore, pourriez-vous présenter votre parcours ? Et nous dire qu’est-ce qui vous a donné l’envie de devenir réalisateur ?

Ce qui m’a donné envie d’être réalisateur c’est quand j’étais petit. J’avais pleins de copains qui faisaient du foot le samedi et moi non. Du coup, j’allais trainer dans une salle de cinéma, une petite salle associative pas très loin de chez mes parents. Et j’y ai vu pleins de films. J’y allais sans regarder le programme. Et plus je découvrais des films, plus je me disais « ça a l’air quand même sympa de faire ce métier-là ». J’ai commencé dès la seconde à faire des études de cinéma au lycée et j’ai poursuivi là-dedans. J’ai fait une fac de cinéma et très vite, j’ai compris qu’être comédien, ça ne m’intéressait pas du tout. Ce qui me plaisait c’était de raconter des histoires, de faire partager des choses. Et puis, petit à petit, après les études, via mes goûts qui sont très éclectiques parce que je peux aimer des films extrêmement variés et qui n’ont absolument aucun rapport avec ce que je fais, très vite j’ai eu envie de faire des films humains, des films qui parlent de relations humaines et des films beaucoup basés sur les comédiens. Voilà en gros, c’est le parcours typique : je fais des études de cinéma, je fais des courts-métrages et puis j’essaye de grandir. On a des longs en projet mais ça prend du temps.

Cette année, vous êtes venu au festival pour présenter Dehors, tu vas avoir si froid réalisé en 2016. Quel a été le parcours de ce moyen-métrage jusqu’à aujourd’hui ?

Un parcours un peu atypique pour un film court parce que le terme de moyen-métrage n’est plus trop usité. Normalement, un court-métrage c’est jusqu’à 1 heure mais on sait que les festivals limitent pour des raisons bien évidentes à 20 minutes, voire 30 minutes parfois. Donc on a fait pas mal de festivals à l’étranger, on a fait beaucoup de projections dans pleins de villes de France qui nous ont demandé le film et où je me suis déplacé quand je pouvais. Il a été beaucoup vu dans des salles sur des événements, pas forcément des compétitions. Après je suis pas un coureur de prix, je m’en fiche un peu. Moi, ce qui m’intéresse c’est que le film soit vu par le public et que le public l’aime. Et j’ai cette chance depuis les deux précédents et celui-là, c’est qu’il y a des jolis retours du public. C’est un film qui parle aux gens. Donc il a malgré tout, même si c’était pas prévu comme ça, une belle carrière.

Dehors tu vas avoir si froid

Depuis vos débuts, vous tournez régulièrement avec la même « bande » d’acteurs. Je pense notamment à Julie De Bona et Théo Frilet même s’ils ne sont pas les seuls. Est-ce important pour vous ?

Oui, clairement, c’est super important parce que j’ai une vraie tribu autour de moi. Alors, souvent on parle de la grande famille du cinéma, ce qui pour moi est complètement bidon parce qu’on fait un métier où il y a des gens formidables et où il y a des gros cons, mais c’est comme dans tous les métiers du monde. Et moi j’ai cette chance là, même si c’était pas le cas au départ, d’avoir rencontré Julie par hasard dans un festival. L’anecdote, assez drôle d’ailleurs, c’est que le président du jury à cette époque là, c’était Daniel Prévost. Julie faisait partie du jury et c’était un film que j’avais fait avec Leslie aux Etats-Unis qui a eu 2 prix. Avec Julie, on est vite devenu amis, et on a fait un film. On est ensuite venu ici à Agde où Julie a eu un prix d’interprétation remis par Daniel Prévost donc Daniel nous poursuit. Je viens d’écrire un film pour Daniel Prévost.

J’ai cette bande qui sont des gens que je trouve aussi talentueux dans leur métier qu’humainement. Humainement, ce sont des gens formidables et qui n’hésitent pas, que je trouve absolument admirables, que je vois dans la vie de tous les jours. Et je prends autant de plaisir à partager un apéro avec eux qu’un film. J’admire ce que Cédric Klapisch a fait avec Romain Duris, cette espèce d’amitié forte qui perdure sur les films. J’essaie de leur écrire des rôles dans lesquels on les voit pas d’habitude. Là, en l’occurrence, dans ce film là, Julie on l’a pas raté c’est le moins que l’on puisse dire. J’aime l’idée que les comédiens reviennent de films en films. Et j’espère qu’on en fera encore d’autres. Leslie était aux Etats-Unis, on a réussi à trouver un moyen de la mettre dans le film alors qu’elle était pas là et qu’elle tournait depuis Los Angeles pour être intégrée dans le film. Je trouve ça primordial.

Après, la tribu s’étoffe petit à petit. Souvent c’est des rencontres un peu dû au hasard, à l’exception de Théo que j’avais vu dans pleins de films, que je trouvais absolument formidable et que j’ai contacté un jour sur Facebook en lui disant « Voilà, j’ai un projet, est-ce que t’accepterais de le faire ? ». Il a eu la gentillesse de le lire alors qu’il ne me connaissait pas et les hasards de la vie font qu’on est devenu extrêmement potes et que du coup, on a fait un nombre incalculable de films ensemble et qu’on a encore pleins de projets. Et on espère en faire je crois beaucoup d’autres ensemble avec toute cette petite bande qui s’étoffe petit à petit. Il y a Déborah Krey qui sera dans le prochain film, qui est une comédienne formidable avec qui j’ai coréalisé son premier court-métrage l’année dernière. Il y a pleins de gens qui arrivent en plus. A chaque film, j’essaie de rajouter, d’élargir la famille même si les piliers sont les mêmes depuis longtemps : Valérie Vogt, Jean Fornerod, Théo Frilet, Julie De Bona, etc. qui sont un petit peu là tout le temps. Et j’aime bien cet esprit de bande parce que je pense qu’en groupe on est plus forts.

Dehors, tu vas avoir si froid
Leslie Coutterand, Déborah Krey, Théo Frilet & Arnaud Sadowski / © Anne-Sophie Giraud

Vous allez bientôt repasser derrière la caméra pour réaliser La théorie des chaussettes orphelines. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

Oui, je me suis arrêté de travailler pour un petit problème d’épaule pendant quelques mois. J’ai été immobilisé, je me demandais ce que j’allais faire, ça a reporté pas mal de choses et les copains m’ont dit « Ca serait bien qu’à l’occasion on refasse quelque chose » et j’avais pas d’idée. Et j’ai écrit, je crois, le scénario le plus barré que j’ai jamais écrit. Le pitch n’a pas encore été dévoilé mais je peux vous le dévoiler. C’est l’histoire d’un guide touristique parisien atteint du syndrome Asperger qui rencontre une traductrice de films bollywoodiens, le tout sur fond de disparition de chaussettes dans les machines à laver. Tout ça sous forme de conte, un conte moderne ancré dans une certaine réalité. Et oui, j’ai eu envie de réunir cette bande à nouveau.

J’avais très envie de travailler avec Déborah Krey avec qui j’ai coréalisé un film, qui est le premier film qu’elle a écrit, qui s’appelle Intrusion et qu’on va sortir à la rentrée. C’est son premier court-métrage. J’ai très envie de travailler avec elle et de retrouver à nouveau Leslie, Julie, Théo. Théo je l’ai vu dans pleins de rôles parce qu’il a une carrière déjà très importante. Je l’ai vu dans Ceux de 14 en soldat, je l’ai vu dans pleins de films en petit con, en gendre idéal, tout ce qu’on veut et je me suis dit : un guide touristique atteint d’autisme ça peut être un beau challenge pour un comédien. On le voit en ce moment dans Good Doctor, la série avec Freddie Highmore, on l’a vu dans Rain Main bien entendu et dans d’autres films comme ça. Et je pense qu’il a le talent nécessaire pour relever ce challenge. Donc on va refaire ça pour s’amuser en attendant que les longs sur lesquels on travaille soient produits. Parce que notre métier, c’est de tourner et que finalement on ne tourne pas beaucoup et qu’on passe beaucoup de temps à attendre des réponses. Et que j’ai la chance d’avoir autour de moi un producteur qui a du matériel qu’il nous prête en permanence dès qu’on a un projet, et de gratter les fonds de tiroir pour tourner comme ça parce que tous ces comédiens arrivent à prendre du temps sur leurs emplois du temps de ministres. Julie De Bona qui enchaîne tous les films qu’on connait à la télévision, toutes les séries, ou au cinéma dans Made In China qui sortira bientôt. Ils ont tous l’extrême gentillesse de me faire confiance et, dès que je les appelle, ils me disent « Ok on y va, on trouve un créneau ». Donc on devrait tourner quelques images cet été et on devrait tourner ensuite à la rentrée.

La théorie des chaussettes orphelines

Après plusieurs courts-métrages, la logique voudrait que vous passiez au format long. Est-ce qu’il y a quelque chose en préparation ?

Oui, il y a plusieurs longs qui sont écrits. Il y a l’adaptation d’une très jolie pièce de théâtre. Le projet s’appelle Le magicien des petits riens qui est un film qui est écrit et pour lequel on cherche des financements. Il y a une grosse comédie populaire dans l’air du temps, je pense à tous les films de La bande à Fifi. Il y a aussi un road-trip qui est écrit mais après on sait que ça prend un temps fou. Les réponses des producteurs se font parfois attendre. Et puis je suis entouré d’une belle bande de comédiens, j’ai envie de travailler avec eux, j’ai pas envie non plus de travailler avec n’importe qui donc on prend le temps de choisir. Les scénarios nous plaisent, on pense que c’est plutôt pas mal avec mes coscénaristes. Mais voilà on est en recherche de financements et on espère que ça arrivera bientôt.

Que peut-on vous souhaitez pour la suite de votre carrière ?

Qu’est-ce qu’on peut me souhaiter ? On peut me souhaiter de faire des longs déjà. Et de pouvoir continuer à travailler avec Théo, Julie, et tout le reste de la bande le plus longtemps possible. Sauf s’ils en ont marre (rires).

Pour conclure, je vous laisse le mot de la fin.

Et bien le mot de la fin. (Il réfléchit quelques secondes) Ah je vais dire un truc chiant. On a pleins de moyens de voir des films aujourd’hui, je parle pas légalement ou illégalement parce qu’après chacun fait ce qu’il veut. Mais je vois pleins de gens, pleins de potes, qui me parlent de films qu’ils ont vu en streaming, sur leur tablette. Du coup, le mot de la fin ça serait plutôt de dire aux gens d’aller au cinéma parce que quand on fait des films, c’est vrai qu’on a tendance à les travailler sur grand écran, pour le grand écran. Alors, effectivement, les places sont trop chères, on est tous d’accord que c’est compliqué mais il y a les cartes illimités, il y a les tarifs réduits, il y a les séances du matin. Enfin, on peut toujours un peu se débrouiller. Oui, allez au cinéma parce que, en même temps, s’il n’y a plus personne au cinéma, nous on ne pourra plus faire de films.

Un grand merci à Arnaud Sadowski d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour Ciné, Séries, Culture.

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