[Interview] Nicolas Giraud : « J’ai toujours envisagé Du Soleil dans mes Yeux comme un acte de naissance en tant que réalisateur »

© AFP Photo / Yohan Bonnet
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Samedi 2 juin 2018, Nicolas Giraud, comédien et maintenant auteur-réalisateur, est venu présenter en compétition au 36e Festival du Premier Film Francophone de La Ciotat son premier long-métrage, Du Soleil dans mes yeux. A cette occasion, j’ai pu aller à sa rencontre pour l’interroger sur son film et son activité de cinéaste.

 

Bonjour Nicolas, on vous connait comme acteur depuis plus de 15 ans, mais vous êtes aujourd’hui présent au 36e Festival du Premier Film Francophone de La Ciotat pour présenter Du Soleil dans mes yeux, votre premier long-métrage en tant qu’auteur-réalisateur. Qu’est-ce qui vous a poussé à passer de l’autre côté de la caméra pour réaliser ce premier long ?

La vie. C’est clairement la vie qui m’a appelé à aller de ce côté de la création. C’est formidable l’écriture et la réalisation parce que tu dis que tu réalises un film mais c’est lui qui te réalise. Aujourd’hui, je suis un homme plus apaisé. Le fait d’avoir réalisé me fait un bien fou. L’écriture, choisir les sons, la lumière, les motifs, les peaux de tes personnages, de tes acteurs, de tes actrices, le temps, c’est bien plus riche, ça réclame bien plus que le métier d’acteur. C’est quelque chose de phénoménal de réussir à accoucher d’un film. Pour moi, c’est simplement en étant à l’écoute de ce que je suis, de ce que je deviens, d’où je viens, d’où je suis issu et de partager ce en quoi je crois. C’est comme ça, avec courage, avec nécessité que tu te dis « OK je vais le faire ». Et tu t’accroches à cette nécessité là. Et ça donne Du soleil dans mes yeux aujourd’hui.

Nicolas Giraud
36e Festival du Premier Film Francophone de La Ciotat / © Denys Pastré

Il s’est passé 9 ans entre la réalisation de votre court-métrage, Faiblesses, et ce premier long-métrage. Pour quelles raisons ?

Le temps de la maturité de moi-même, des projets. Le parcours d’un acteur, la montée en puissance de l’auteur-réalisateur qui, je le vois venir, dévore l’acteur…on verra bien, la suite je ne la connais pas. Le temps de vivre aussi parce qu’être acteur, être auteur-réalisateur, c’est aussi être vivant et prendre les courants porteurs de ta vie. Parler des autres dans un film, c’est surtout les regarder vivre en dehors d’un film. Tu passes par là, je suis passé par là, et c’est pour ça que ça a pris en effet 9 ans. Parfois, tu crois que tu es prêt à le faire plus tôt mais non. Je le dis : c’est toi qui décides des choses mais il y a des forces qui t’environnent et qui te gouvernent et qui te donnent les moyens le moment venu. Et le moment venu était celui qui est arrivé maintenant. Cela fera déjà 2 ans au mois d’octobre que j’ai tourné. J’ai fini le film en juin dernier, il y a pile 1 an aujourd’hui (ndlr : l’interview a été enregistrée le 2 juin). C’est marrant, ça passe tellement vite…

Votre film est adapté du roman de Philippe Mezescaze, L’impureté d’Irène. Comment s’est passé l’adaptation, puisque vous avez coécrit le scénario avec David Oelhoffen, un réalisateur avec lequel vous aviez déjà tourné plusieurs films en tant que comédien  ?

Et avec qui je continue de tourner en tant qu’acteur. Je serai d’ailleurs dans son prochain film Territoires avec Matthias Schoenaerts et Reda Kateb. Comment j’ai fait l’adaptation ? Vous savez Philippe Mezescazes, l’auteur du roman L’impureté d’Irène, est le premier homme que j’ai choisi en arrivant à Paris. Je viens de l’Ile d’Oléron, où j’étais prothésiste dentaire, et passionné de cinéma. En tournant Liberté Oléron des frères Podalydès, je me suis retrouvé dans la fulgurance de me dire « je veux être acteur ». Et en arrivant à Paris, c’est vrai que je vois un homme de dos, c’est Philippe, et je sais qu’il va être important dans ma vie. Je vais le voir et je découvre qu’il est romancier. Et, avançant dans notre amitié, je lis tous ses romans. L’impureté d’Irène est son second roman qui a un caractère très autobiographique, racontant une partie de son enfance. J’ai toujours aimé ce livre. Je lui ai très vite dit, « Un jour, tu verras, j’adapterai L’impureté d’Irène au cinéma ». Il m’a dit « Oui bien sûr, commence déjà par faire ta vie d’acteur et on verra ». Et je l’ai fait. Et puis le temps passe et j’ai soudé mon histoire à la sienne. J’ai conservé la vulnérabilité de ses personnages avec lesquels je me sentais éminemment proche. C’est sur le fracas de l’enfance, sur la clairvoyance, sur la vulnérabilité comme je disais à l’instant, sur la renaissance. C’était le support idéal pour m’exprimer. Et de L’impureté d’Irène, c’est devenu Du soleil dans mes yeux.

N’était-ce pas trop compliqué d’être à la fois réalisateur ET acteur sur ce projet ? Ou, au contraire, incarner le personnage de Yann était une manière de prolonger l’écriture ?

Je vois que vous vous êtes bien renseignée et j’apprécie les gens qui se renseignent avant de rencontrer celui ou celle qu’ils interrogent. Il y a certains journalistes qui viennent et qui te parlent presque sans écouter, et je crois que je n’ai pas envie de répondre à ça. Je crois que j’ai envie de répondre intensément à celles et ceux qui se questionnent pour de vrai et donc qui écoutent les réponses.

C’est exactement ça, ce n’est pas une coquetterie d’acteur. Je suis acteur. Je ne peux plus dire avant tout car aujourd’hui je me laisse la liberté de ne pas savoir. Je me sens autant auteur-réalisateur qu’acteur. L’un va avec l’autre et ils se sont rejoints. Je me rejoins à tous les étages et je me sers de moi pour poursuivre l’écriture en incarnant Yann, en étant au centre du dispositif de mise en scène, en étant avec l’autre, celui ou celle qui est en face de toi, et qui te dit qui tu es, vers où tu vas, comment tu y vas, comment tu peux rater la rencontre, comment tu peux réussir la rencontre. Mais tout ça me plaît. J’aime l’incarnation. J’aime le gouffre et le sommet de l’incarnation. J’adore ça.

Nicolas Giraud
Nicolas Giraud – Du Soleil dans mes Yeux / © MC4 Distribution

Vous avez fait le choix de tourner à La Rochelle, une ville que vous connaissez bien pour y avoir fait vos études. Etait-ce important pour vous de tourner dans des lieux familiers ?

Je ne sais pas. Je ne crois pas. Le roman est issu de La Rochelle. Philippe a fait son enfance et son adolescence là-bas. Moi, en effet, j’y ai fait mes études de prothésiste dentaire. Mais, pour tout vous dire, ce n’était pas du tout une nécessité. J’ai répondu à ce qu’il y avait, sans chercher à faire le fanfaron et à trouver de l’authenticité. L’authenticité était là. Je me suis concentrée sur celle-ci. Ca aurait été à Bordeaux ou au Havre, je suis sûr qu’étant donné que ce qui m’importe c’est l’intimité entre les individus, en tout cas pour ce film là, le lieu importe peu. D’ailleurs, je filme peu le lieu, je suis surtout sur les corps. Souvent on m’a dit : « Mais pourquoi tu fais peu de plans larges ? ». C’est parce que je ne voulais pas montrer où étaient mes personnages mais où ils en étaient. Mais je suis très heureux du coup d’avoir tourné à La Rochelle et de redécouvrir cette ville et notamment le Port International de Marine Marchande de la Pallice. Découvrir ce lieu en tant que cinéaste c’était très intéressant.

Dans votre film, vous accordez beaucoup de place au langage du corps, à la sensualité, aux gestes. Est-ce cela qui caractérise votre cinéma ?

Jusqu’à présent, c’est fort probable, je crois. Vous savez, c’est très intéressant d’écouter les autres parce qu’ils te parlent de leur ressenti et tu découvres ton travail à travers l’autre. Oui, je crois que le geste, le corps, ce qui nous permet le déplacement, l’émotion, les sentiments, jusqu’à présent pour Faiblesses, mon court-métrage et Du Soleil dans mes yeux, c’est au centre. J’aime réfléchir intellectuellement énormément avant. Je suis très cérébral comme garçon et après il faut taire la tête et laisser le corps et le cœur aller vers l’autre. En tout cas, les affects. Pour la suite, je le pressens, je vais ouvrir le champs désormais. C’était un film de naissance. J’ai toujours envisagé Du Soleil dans mes Yeux comme un acte de naissance en tant que réalisateur.

Du Soleil dans mes Yeux

Comment s’est fait le choix de Clara Ponsot pour incarner Irène ?

A l’écoute de l’univers (rires). Je suis à l’écoute de ce qui m’environne, de ce qui m’entoure. Et Clara Ponsot, que je connaissais, on m’aurait dit 6 mois avant mon choix, ma décision, tu vas prendre Clara Ponsot, j’aurais dit hors de question. Et en fin de compte, c’est elle qui est arrivée. Je suis attentif à ce que la vie te dit. Après, tu l’écoutes ou tu ne l’écoutes pas. Et Clara est arrivée totalement par hasard mais le hasard selon moi n’existe pas. Et voilà, j’ai dit « Mais c’est elle ! ». Et puis je l’ai rencontré et j’ai filmé son fracas, et sa sensualité aussi.

Pour conclure, quels sont vos projets désormais ?

Je suis déjà dans l’écriture avancée de mon deuxième long-métrage qui est en route. J’ai la chance que Christophe Rossignon, le patron de Nord-Ouest, qui a apprécié Du Soleil dans mes Yeux, produise mon deuxième long-métrage associé à Arthur Benzaquen, celui que je remercie encore de m’avoir donné les moyens de pouvoir donner vie à Du Soleil dans mes yeux. Donc aujourd’hui, j’ai cette paire de producteurs. Evidemment, c’est Nord-Ouest et Christophe qui produisent le film, mais Arthur est de l’aventure. Arthur m’apporte son point de vue, son intelligence, son affection aussi probablement. Et je me sens comblé avec ces deux hommes à côté de moi. Et j’écris le film cette fois-ci avec Stéphane Cabel. J’ai eu la chance d’écrire avec David Oelhoffen Du Soleil dans mes yeux et là, j’ai la chance d’écrire avec Stéphane Cabel mon nouveau film dont je ne dirai pas le titre mais qui existe déjà et je suis très très heureux. C’est une idée originale que j’ai eu en 2009, avant Du soleil dans mes yeux donc il faut toujours croire en ce en quoi on croit.

Un grand merci à Nicolas Giraud d’avoir accepté de répondre à mes questions pour Ciné, Séries, Culture.

 


Du Soleil dans mes yeux (1h26)

  • Réalisateur : Nicolas Giraud
  • Scénariste : Nicolas Giraud et David Oelhoeffen
  • D’après : le roman L’impureté d’Irène de Philippe Mezescazes (réédité en livre de poche le 21/03/2018 sous le titre Du Soleil dans mes Yeux)
  • Avec : Clara Ponsot, Nicolas Giraud, Hélène Vincent, Noah Benzaquen, Patrick Descamps, …
  • Sortie en salles le : 11 avril 2018.
  • Sortie en DVD & VOD : Prochainement.
2 commentaires
  1. queenofthetribu dit

    Jolie interview, cela permet d’en savoir plus, ou tout bonnement, comme moi, de découvrir certains réalisateurs/films !

    1. Anne-Sophie GIRAUD dit

      Merci

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