[Interview] Rencontre avec Philippe Faucon, le réalisateur de Fiertés (Arte)

© Kenzo Tribouillard / AFP
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Lundi 19 février 2018, au Cinéma Le Prado à Marseille, j’ai pu assister à l’avant-première de Fiertés, une mini-série de 3×52 minutes qui sera diffusée le 3 mai 2018 sur Arte. Celle-ci s’est déroulée en présence d’une partie de l’équipe : le réalisateur Philippe Faucon, le scénariste Niels Rahou, les producteurs Cyrille Perez, Chantal Fischer (13 Productions) et Joey Faré (Scarlett Productions) et le comédien Julien Lopez.

A l’issue de la projection, j’ai eu le plaisir d’aller à la rencontre de Philippe Faucon, le réalisateur de Fiertés, pour lui poser quelques questions au sujet de la série qui a obtenu le Pyrénées d’Or de la Meilleure Série lors du 20e Festival des Créations Télévisuelles de Luchon.

Ciné, Séries, Culture : Bonsoir Philippe Faucon, vous êtes le réalisateur de Fiertés, une mini-série de 3*52 minutes qui sera diffusée le 3 mai 2018 sur Arte. Pouvez-vous présenter la série à nos lecteurs ?

Fiertés, c’est une mini-série en trois épisodes qui raconte trois périodes politiques qui sont trois moments de tension dans la société française à propos de l’homosexualité. Il y a un premier épisode qui a pour contexte l’élection de 1981 et qui est quelque chose qu’on a un peu oublié. En effet, avant l’arrivée de la gauche au pouvoir, l’homosexualité figurait dans la classification de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) parmi les maladies mentales. Lorsque la gauche est arrivée au pouvoir, elle a demandé au ministère concerné de ne plus tenir compte de la classification de l’OMS et d’abroger des lois qui remontaient à Vichy qui criminalisaient et pénalisaient l’homosexualité.
L’histoire de Fiertés se situe dans ce contexte avec deux garçons, Victor et Selim, qui se rencontrent  adolescents. Ce n’est pas très bien accepté par le père de l’un deux et ils se séparent. Victor rencontre alors Serge. Ces deux garçons, on les retrouve dans le deuxième épisode qui se passe en 1999, au moment où on vote le PACS. Ils ont alors pour l’un 35 ans et pour l’autre un peu plus (il approche la cinquantaine) car il y a une différence d’âge. Tous deux ont un projet d’adoption qui est quelque chose qui n’est pas permis aux couples d’homos. Ça passe par des stratégies de dissimulation : il faut cacher qu’on est deux hommes vivant ensemble, etc. Et le troisième épisode se passe en 2013 au moment du mariage pour tous. L’enfant qui a été adopté a 17 ans, comme les deux personnages au début de la série. Et lui, à ce moment-là, doit assumer le fait d’avoir deux pères à l’école. Voilà le pitch de la série.

Fiertés

Vous n’êtes pas à l’origine de la série. A quel moment et comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Ce projet, on me l’a proposé sous forme d’un traitement qui avait été écrit par deux jeunes garçons (ndlr : Niels Rahou et José Caltagirone). Cela m’a intéressé justement parce que ça revenait sur trois époques que j’ai connu. J’ai dit oui et le projet a été proposé à Arte à partir de ce traitement, avec moi comme réalisateur. Le projet a intéressé la chaîne donc, à ce moment-là on s’est mis à l’écriture des scénarios des trois épisodes avec les deux garçons qui avaient apportés l’idée. On a écrit à trois et on est arrivé à trois scénarios qui ont été acceptés par la chaîne et mis en production. Et le film est né à ce moment-là.

Même si la série évoque l’évolution des droits LGBT au fil des années puisque le récit se déroule de 1981 à 2013, Fiertés s’intéresse davantage à l’intime qu’à la dimension politique, même si on la retrouve en arrière-plan ?

Oui car on est dans quelque chose qui est de l’ordre de la fiction, du récit. Donc pour nous c’était la chose primordiale que de faire exister des personnages, de faire exister ce qui les rapprochait et de faire exister la façon dont les sentiments amoureux les réunissaient. Et de montrer la façon dont ces sentiments pouvaient être confrontés aux idées, aux préjugés, aux visions de la société. La façon dont ça pouvait se passer et ce que ça racontait. Et donc c’est ça qu’on s’est attaché à raconter. C’est-à-dire qu’il s’agissait d’abord de faire exister des personnages dans leur intime et dans la façon dont cet intime pouvait être confronté aux préjugés sociaux.

Au casting, en plus des jeunes comédiens qui sont formidables, vous avez réussi à attirer un casting de qualité avec – entre autres – Frédéric Pierrot, Samuel Theis, Emmanuelle Bercot, Chiara Mastroianni et Jérémie Elkaïm. Qu’est-ce qui les a convaincu de participer à ce projet, dans des rôles parfois très secondaires pour certains ?

Par le contenu du projet. C’est ce que m’a répondu Emmanuelle Bercot par exemple, c’est-à-dire : « J’y vais, même si c’est un tout petit personnage, sur l’importance qu’a ce projet ». Tout simplement. Moi je savais que la réussite du projet se jouait sur la réussite du casting. Donc c’est quelque chose sur quoi j’ai beaucoup travaillé. Et effectivement j’avais des amies comme Emmanuelle Bercot ou Chiara Mastroianni à qui j’ai demandé de jouer finalement les petits personnages que le projet permettait de leur proposer. Et le film est aussi porté par des rôles principaux qui ont une notoriété moins importante mais qui sont tout aussi magnifiques et qui se sont engagés là-dedans avec beaucoup de désir pour réussir à faire vivre leurs personnages.

Fiertés (Arte)
Samuel Theis (Victor adulte) dans Fiertés © Arthur Farache Sauvegrain

Il y a deux ans vous receviez le César du Meilleur Film pour Fatima. Est-ce que cela a changé quelque chose pour vous, d’un point de vue professionnel mais aussi auprès du public ?

Oui, beaucoup. Le César c’est quelque chose que je ne mesurai pas mais ça a un énorme impact, à la fois sur la vie des films qui reçoivent le prix, mais aussi sur la suite par rapport au réalisateur.

Pour conclure, quels sont vos projets pour la suite ?

Je ne suis pas en mesure d’en parler encore pour l’instant. Après Fiertés, j’ai tourné un film pour le cinéma dans la foulée. Ça a été une année assez dense pour moi.

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