Nénesse

Au Théâtre Dejazet jusqu'au 17 février 2018

© Pascal Victor / ArtComPress
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Nénesse se reçoit comme un uppercut en pleine face : on en ressort sonné.

De quoi parle Nénesse ?

Nénesse c’est le personnage principal de la pièce du même nom écrite par Aziz Chouaki et mise en scène par Jean-Louis Martinelli. Ex-rockeur raté, raciste, homophobe et misogyne qui vient de faire deux AVC, il vit avec sa femme Gina qui est obligée de faire des ménages pour payer le loyer. Pour rembourser leurs dettes, ils ont également l’idée de louer un container installé dans leur appartement à deux sans-papiers : Aurélien, un ancien employé du Sénat qui ne peut plus justifier de son identité et Goran, un ancien boxeur d’origine slave et musulman pacifiste qui ne rêve que de rejoindre Calais.

Quelques mots sur son auteur, Aziz Chouaki ?

Aziz Chouaki est un dramaturge, romancier et musicien né en Algérie en 1951 et qui réside en France depuis 1991.

Il se fait connaître grâce à sa pièce Les Oranges qui a été mise en scène à plusieurs reprises depuis 1998. Depuis 2004, il collabore régulièrement avec Jean-Louis Martinelli, qui a déjà mis en scène plusieurs de ses pièces (Une virée, Les Coloniaux et Nénesse)

Il est également l’auteur de plusieurs romans dont Baya, L’Etoile d’Alger (Prix FNAC 2004), Aigle et Arobase.

Affiche Nénesse

Pourquoi faut-il aller voir Nénesse ?

Il fallait oser écrire un texte pareil à notre époque. Aziz Chouaki l’a fait avec Nénesse, dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli. L’écriture d’Aziz Chouaki, avec cette syntaxe si particulière, fait évidemment penser à Céline. La pièce – qui agit comme un miroir de la société – ne laisse pas le public indifférent : elle choque, dérange, pose des questions, soulève des problèmes. Elle n’en oublie pas pour autant l’humour – souvent grinçant – même si le public se demande parfois si on peut rire de tout. Mais la pièce nous happe et la fin nous laisse K.O. Pour preuve, un moment de silence s’installe avant que le public n’applaudisse la prestation – remarquable – des quatre comédiens présents sur la scène du Théâtre Dejazet.

Même si le personnage de Nénesse remplit l’espace par sa présence, les quatre acteurs ont chacun une belle partition à défendre. Au final, ce huit-clos met en scène quatre paumés, pris au piège de cette situation qui les dépasse.

Olivier Marchal, en tête, est formidable dans le rôle de Nénesse qu’il incarne avec toute l’étendue de sa palette de jeu pour nous emporter avec lui dans sa déchéance. Parce qu’au fond, Nénesse n’est pas un vrai méchant. Il se noie dans l’alcool car sa vie est un échec dont il rend les autres responsables. Il laisse entrevoir des fêlures et en deviendrait presque attachant. C’est un être perdu, enfermé dans ses idées et incapable de faire machine arrière car il est allé trop loin.

Gina (incarnée merveilleusement par Christine Citti), elle l’a aimé profondément son Nénesse. D’ailleurs, pour le supporter, elle doit l’aimer encore…Au point d’accepter de faire des ménages pour payer le loyer, argent que Nénesse s’empresse de dépenser en bouteilles d’alcool, en jeux à gratter et en prostituées. Mais, malgré cela, c’est bien la seule à oser se rebeller contre lui.

Les deux autres personnages de la pièce auraient bien du mal à se révolter conte Nénesse car ce sont les sans-papiers hébergés par le couple : d’un côté, il y a Aurélien (excellent Geoffroy Thiebaut qui apporte toute sa sensibilité au personnage), un français d’origine russe qui a perdu ses papiers et ne comprend pas très bien ce qu’il fait là, et de l’autre, il y a Goran (impeccable Hammou Graïa), un migrant d’origine slave, ex-boxeur et anti-Daech, qui ont accepté de louer un container installé par le couple dans son salon. Ils ne peuvent en sortir qu’à certaines heures de la journée et s’en accommodent plus ou moins car ils n’ont pas le choix. Tous deux ont  le même problème : pour pouvoir obtenir des papiers afin de rester légalement sur le sol français, ils ont besoin de quittances de loyer, que Nénesse refuse de leur donner, bien content d’encaisser au black les sommes qu’ils lui versent. Nénesse pense « rentabilité » puisqu’il songe à installer trois migrants supplémentaires là-dedans pour gagner 5000€ par mois. Exploiter la misère humaine de ces gens qui ont déjà tout perdu ne l’effraie pas. Mais ce sont pourtant eux, les deux étrangers – que Nénesse critique tant – qui parlent de la France avec amour, respect et reconnaissance, rêvant de la « tradition française » avec sa blanquette de veau.

Nénesse
© Pascal Victor / ArtComPress

Que faut-il retenir de Nénesse ?

Nénesse se reçoit comme un uppercut en pleine face. On en ressort sonné et fatigué, tout comme les comédiens, après cette pièce qui se joue à fond du début à la fin. La performance des acteurs est remarquable, tout comme le texte d’Aziz Chouaki.

Nénesse
© Pascal Victor / ArtComPress

En complément de cet article, vous pouvez également lire l’interview des comédiens Olivier Marchal et Geoffroy Thiebaut au sujet de Nénesse.


Nénesse (1h40)

  • Auteur : Aziz Chouaki
  • Metteur en scène : Jean-Louis Martinelli
  • Avec : Olivier Marchal (Nénesse), Christine Citti (Gina), Geoffroy Thiebaut (Aurélien), Hammou Graïa (Goran)

A l’affiche du Théâtre Dejazet depuis le 9 janvier et jusqu’au 17 février 2018, du mardi au samedi à 20h30, représentation supplémentaire à 16h le samedi.
Du 13 au 15/03/2018 au Théâtre de la Manufacture à Nancy
Les 29 et 30/03/2018 au Théâtre Liberté à Toulon

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