Résistantes

Une pièce de Franck Monsigny

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Avec Résistantes, Franck Monsigny nous offre un témoignage bouleversant sur la résistance ordinaire, mais nous parle aussi d’acceptation de l’autre avec la rencontre de deux univers que tout oppose.

 

De quoi parle Résistantes ?

Résistantes, c’est l’histoire vraie de Liliane Armand. En 1944, recherchée comme terroriste pour avoir collaboré avec la résistance, et afin d’échapper à la mort, elle trouve refuge dans une maison close, Le Petit Soleil. Elle remet alors sa vie entre les mains des occupantes de la maison qui représentent tout ce qu’elle déteste. Pour survivre, elle n’a pas d’autre choix que de se faire passer pour l’une d’entre elles. Par chance, Monsieur Maurice, le propriétaire, lui fait rapidement comprendre qu’il rend lui-même quelques services à la résistance…

Quelques mots sur son auteur, Franck Monsigny ?

Franck Monsigny est un comédien et un auteur français. Depuis 20 ans qu’il exerce le métier d’acteur, c’est d’abord au théâtre que les spectateurs ont pu le découvrir, notamment dans La mère confidente de Marivaux auprès de Catherine Hubeau ou dans Les rustres de Goldoni aux côtés de Michel Galabru. A la télévision, il a obtenu la consécration auprès du grand public dans Falco sur TF1 où, entre 2012 et 2016, il jouait Philippe Cheron, l’antagoniste du personnage principal. Depuis, on a pu le voir dans la série quotidienne de TF1, Demain nous appartient, où il tient le rôle de Martin Constant.
En tant qu’auteur, il a signé en 2011 la pièce Sacré Mariage qui a été jouée à de nombreuses reprises entre 2011 et 2014, avant d’écrire Résistantes, tiré d’une histoire vraie.

Franck Monsigny
© Lisa Lesourd

Pourquoi faut-il aller voir Résistantes ?

Avant que vous ne lisiez la suite, je tiens à préciser que j’ai vu Résistantes il y a maintenant plus de 2 ans – lors du Festival Off d’Avignon 2016 – et que cet article est rédigé a posteriori. Mais, même si le temps a passé, le souvenir est encore très présent dans ma mémoire. Difficile d’oublier une telle œuvre…

Pour écrire cette pièce, Franck Monsigny n’a pas hésité à traverser la France entière en 2007 pour aller recueillir le témoignage de la résistante Liliane Armand, âgée de 92 ans, qui résidait à Bergerac. Elle est malheureusement décédée avant que la pièce ne soit jouée pour la première fois, mais ce sont ses mémoires qui ont directement inspiré le texte de la pièce.

C’est d’ailleurs avec la voix tremblotante de la véritable Liliane Armand que débute et se clôt Résistantes, témoignage durant lequel toute la salle retient son souffle. Des voix de soldats allemands y succèdent et Liliane Armand apparaît dans la salle affolée : elle hésite puis entre au Petit Soleil, où elle se cache derrière un élément du décor. Immédiatement, le spectateur est saisi et n’a plus qu’une seule envie : connaître la suite de cette histoire qui nous plonge au cœur d’une maison close sous l’Occupation.

« Dans votre malheur, vous avez eu de la chance, vous vous trouvez dans le seul endroit de cette ville où un nouveau visage n’étonnera personne » dira Monsieur Maurice à Liliane, après lui avoir fait comprendre qu’il connaissait son mari et qu’elle était en sécurité au Petit Soleil. Il demande à ses protégées de la faire passer pour une des leurs. Défendue par Monsieur Maurice, mal acceptée par les filles de joie qui ont peur (mais qu’a-t-elle bien pu faire pour être recherchée par la Gestapo, se demandent-elles ?), Liliane va se retrouver confrontée à la clientèle nazie et devra composer avec ce qu’elle voit. Liliane, avec son côté bourgeois (elle est femme de médecin), va devoir se confronter à ces femmes qui représentent tout ce qu’elle déteste et, lorsqu’elle sera choisie par un officier allemand, elle n’aura pas d’autre choix que de se sacrifier pour ne pas être démasquée…

Comme le dit Liliane Armand, « On ne devient pas résistant pour être héroïque, on le fait pour être en paix avec sa conscience ». Elle n’a jamais tué quiconque, mais en faisant passer des messages et en sauvant une famille juive, elle a participé – à sa mesure et avec ses moyens, à aider la résistance, comme des milliers d’autres anonymes.
La question de la frontière entre collaboration et résistance se pose d’ailleurs avec le personnage de Monsieur Maurice que Liliane accuse de davantage survivre plutôt que de résister alors qu’il accueille à bras ouverts les soldats allemands dans la maison close, jadis tenue par sa femme Mado, dans le but d’assurer la protection de ses pensionnaires.

Les comédiens, tous excellents, portent cette histoire et défendent avec conviction leurs personnages. La tenancière (Lenie Cherino), qui ne peut plus exercer depuis qu’un client lui a brisé la hanche garde un œil bienveillant sur les pensionnaires, de Lili (Maud Forget, désormais remplacée par Laure Millet), la femme enfant fragile, à Marcelle (Sandra Dorset) qui offre son corps dans l’espoir de retrouver sa fille. Toutes ont en commun d’encore croire à l’amour malgré tout ce qu’elles voient défiler au quotidien. Quant à Liliane (Caroline Filipek), si elle apparaît rigide et manquant de tolérance au premier abord, elle finira par s’ouvrir au contact de ses femmes. Mais les hommes ne sont pas en reste : Manuel Sinor nous glace avec son interprétation d’un officier allemand d’une froideur ironique. Quant à Franck Monsigny, il nous montre toute l’étendue de sa palette de jeu dans le rôle quelque peu ambigu de Monsieur Maurice.

La force du récit est d’autant plus accentuée, qu’il se déroule sur un laps de temps resserré (3 jours) et en huit-clos (la maison close). Dans le décor, on retrouve au premier plan le salon, pièce commune dans laquelle se retrouvent tous les personnages, et en arrière-plan, se situent les chambres, dissimulées par des tentures, derrières lesquelles on distingue les ombres des pensionnaires usant de leurs charmes avec les clients.

L’ambiance décontractée et sensuelle contraste avec les événements extérieurs. Dans leur prison doré, le temps semble suspendu (comme lorsqu’elles se mettent à chanter Mon homme de Mistinguett) : les pensionnaires du Petit Soleil ignorent tout de ce qui se trame dehors. De ce fait, elles font preuve d’ignorance et parlent de choses qu’elles ne maîtrisent pas (l’antisémitisme, la résistance, etc.).

La mise en scène, assurée par Stanislas Grassian, est efficace : rien n’est laissé au hasard, tout comme l’écriture de Franck Monsigny est subtile et sensible, soulevant les questions de notre humanité (qu’aurions-nous fait à leur place ?), et nous offrant un propos authentique.

Résistantes
© Xavier Cantat

Que faut-il retenir de Résistantes ?

Résistantes fut assurément mon coup de cœur de l’édition 2016 du Festival Off d’Avignon. Un coup de cœur qui vous prend aux tripes, vous remue et qui ne vous lâche pas une fois la pièce terminée, et dont on ressort profondément émue. On ne peut qu’être touché par ce témoignage bouleversant de la résistance ordinaire, mais qui parle aussi d’acceptation de l’autre dans cette rencontre de deux univers que tout oppose. Comment rester insensible face à cet acte de mémoire que nous offre Franck Monsigny avec l’histoire vraie de Liliane Armand ?

Résistantes
© Xavier Cantat

Résistantes (1h30) – A partir de 12 ans

  • Auteur : Franck Monsigny
  • Metteur en scène : Stanislas Grassian
  • Collaboration artistique : Inès Guiollot
  • Avec : Caroline Filipek, Laure Millet, Sandra Dorset, Lenie Cherino, Manuel Sinor, Franck Monsigny

Actuellement en tournée dans toute la France, les dates sont disponibles sur la page Facebook de Résistantes.

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